Barcelona Psych Fest 2025

Shoegaze, chaleur turque, vertige sonore

Vendredi 3 avril 2025, dans les méandres feutrés du Barcelona Psych Fest, quelque chose de rare s’est produit : une soirée sans faute, un fil sonore tendu entre l’intime et le cosmique, entre la brume du shoegaze et les soleils lointains du psychédélisme hybride. Retour sur quatre concerts qui ont dessiné une ligne claire dans le kaléidoscope de la nuit.


Dharmacide : flou sublime en ouverture

On aurait difficilement pu rêver meilleure entrée en matière que Dharmacide. Le groupe madrilène, encore discret mais en pleine ascension, a planté le décor avec une élégance désarmante. Entre échos et delay, leur shoegaze rêveur, aux relents de Slowdive ou Ride, a doucement enveloppé la salle dans un cocon de saturation douce. Les nappes de guitares semblaient flotter au-dessus de nous, tandis que la voix du chanteur — limpide, presque incantatoire — perçait l’épaisseur du son avec une grâce inattendue. Il y avait dans ce set quelque chose d’un éveil sensoriel. On ouvrait les yeux à l’intérieur.


Kit Sebastian : collision joyeuse, fièvre orientale

La vraie claque du vendredi, elle est venue de Londres… et d’ailleurs. Kit Sebastian, duo insaisissable formé de Merve Erdem (Turquie) et Kit Martin (UK), a complètement renversé l’ambiance. Dans ce festival souvent dominé par des climats moites et introspectifs, leur musique a apporté une lumière dansante, parfois vintage, toujours libre. Quelque part entre Gainsbourg période Melody Nelson, le rock anatolien et le groove de Mulatu Astatke. Merve, impériale, chantait en turc, en français, en anglais — peu importait : c’est son magnétisme qui parlait. On pensait à Altın Gün, bien sûr, mais ici, ça cognait plus doucement, avec un raffinement de cinéma. Une transe élégante. La salle bougeait. Nous aussi.


The Underground Youth : froid magnétique

Changement de température avec The Underground Youth. Le groupe de Manchester a tiré un long trait noir sur les murs colorés du psych fest. Pas de décor, pas d’effets superflus : juste une tension brute, viscérale, menée par le regard troublant de Craig Dyer, leader et démiurge. Guitares tranchantes, rythmes martelés à froid, voix sépulcrale — c’était du post-punk teinté d’acide, qui convoquait autant Joy Division que The Brian Jonestown Massacre. On ne dansait pas ici. On absorbait. L’atmosphère était lourde, chargée, presque cinématographique. Un malaise beau, dans lequel on voulait s’abîmer.


bdrmm : le grand déferlement

Et puis, bdrmm. Les derniers à monter sur scène, mais les premiers à tout emporter. Ce groupe, originaire de Hull, a évolué vite, très vite : de la chambre à la scène, du shoegaze classique à une electronica gorgée de textures. Leur live, vendredi, fut une montée en puissance hallucinée. Ils ont démarré sur des volutes vaporeuses avant de plonger tête la première dans un torrent de sons : guitares noyées, rythmiques pressantes, voix filtrée, presque noyée dans l’écho. On pense à DIIV, bien sûr, mais bdrmm a cette urgence adolescente qu’on ne feint pas. Un son de fin du monde, mais qui donne envie de sauter partout. Le public exulte. Nous aussi. Climax.


Verdict ? Une soirée pleine, sensorielle, traversée de contrastes. Le Barcelona Psych Fest continue de prouver que la psyché ne se résume pas aux effets de manche. Elle se vit dans les accidents, les zones grises, les oscillations entre ombre et lumière. Vendredi, on y était. Et on flotte encore.