DIIV — Return of Youth : flou, cristallin, nécessaire

@Anna Hanks DIIV

Un retour intime après l’effondrement

Quelques mois à peine après Frog in Boiling Water, l’un des albums les plus denses et abrasifs de 2024, DIIV revient là où on ne l’attendait pas nécessairement : non pas avec un nouveau manifeste politique, mais avec quatre chansons profondément personnelles, réunies dans un single sobrement intitulé Return of Youth. Et, bonne nouvelle : c’est très, très bon.

DIIV fait ce qu’il sait faire. Et c’est tant mieux. On retrouve cette manière unique de flotter entre ombre et lumière, ce shoegaze en apesanteur, saturé d’émotion sans jamais sombrer dans le pathos. Zachary Cole Smith, désormais père, transforme sa nouvelle vie en une matière sonore à la fois fragile et puissante. Ce sont des chansons qui prennent le temps, qui observent le monde depuis une lucidité douce et inquiète.

Quand tout brûle, la musique demeure

Le titre éponyme, Return of Youth, est né d’un moment suspendu : l’attente de la naissance de son enfant. Mais la réalité, tragique, est venue redoubler le sens de cette composition. Quelques semaines plus tard, Smith et sa famille perdent leur maison dans un incendie à Altadena. Le morceau devient alors une méditation sur ce qui reste, quand tout brûle. Le clip, tourné sur les ruines de leur foyer, est à lui seul une œuvre poignante, un écho visuel parfait à la musique.

Le reste du single prolonge ce sillon intime avec autant de justesse. Reflected brille par sa retenue, son efficacité mélodique, son spleen qui s’étire dans des nappes de guitares brumeuses. Somber the Drums porte bien son nom : c’est un titre de clair-obscur, un battement intérieur qui hésite entre repli et ascension. Enfin, Little Birds referme le tout sur une note presque apaisée — ou du moins résignée. On y perçoit l’envie de croire encore à quelque chose, à des fragments de beauté, même dans le silence.

Sur scène, une immersion totale

DIIV signe ici une œuvre à part, plus courte mais aussi plus nue, plus directe. Ces quatre morceaux ne cherchent pas à choquer ou à dénoncer : ils murmurent, ils évoquent, ils accompagnent. Ils nous rappellent que la musique peut aussi être un refuge.

Et si les chansons fonctionnent si bien sur disque, c’est en live qu’elles prennent toute leur ampleur. Nous avions eu la chance de voir DIIV en concert à la fin novembre, lors de la tournée Frog in Boiling Water — et c’était, sans hésiter, l’un des concerts de l’année. Outre la puissance des morceaux et l’énergie saisissante du groupe, c’est toute la scénographie qui frappe : lumières découpées, vidéos en arrière-plan, ambiance intensément politique, abordant sur scène les thématiques que l’on retrouve dans l’album. DIIV est un groupe sociétal, habité, qui ne se contente pas de jouer — il expose, il confronte. DIIV sur scène, c’est plus qu’un concert : c’est une immersion, un choc esthétique et idéologique, un vertige.

Quatre titres suffisent à DIIV pour rallumer la braise — celle qui donne envie de replonger dans la fureur et la beauté de leurs concerts.