Au cœur d’une scène post-punk souvent dominée par des voix masculines, ANAIT fait figure d’exception précieuse. Ce groupe letton, formé à Riga, s’impose avec une fraîcheur rare, porté par la voix sensible et hypnotique d’Anait Isahanova, et une esthétique sonore qui mêle habilement darkwave, indie rock et post-punk.
Leur tout dernier single, “Дождь” (Rain), sorti le 30 mai 2025, prolonge cette veine mélancolique, presque cinématographique. Le morceau convoque une pluie intérieure, celle qui efface les contours, noie les douleurs et révèle les visages. Chanté en russe, il invite à la contemplation autant qu’à la dérive émotionnelle.
Une matière sonore qui palpite
Musicalement, “Дождь” se distingue par une production aussi soignée que lo-fi dans l’esprit : des basses profondes et enveloppantes signées Alexander Kapich, une guitare éthérée et nerveuse à la fois par Vyacheslav Troshchenkov, des textures électroniques sombres et rêveuses orchestrées par Gleb STH. Au centre, la voix d’Anait Isahanova, tout en fragilité retenue, déploie un lyrisme discret mais poignant.
Le clip, filmé dans une ville chinoise sous la pluie en VHS DIY, ajoute à la mélancolie une patine visuelle nostalgique et un ancrage urbain universel. On y retrouve cette esthétique post-soviétique et introspective propre à une certaine jeunesse d’Europe de l’Est, que l’on sent traversée par la solitude, l’errance, mais aussi l’espoir flou d’une connexion.
Une collaboration remarquée avec Ploho
Et pour les fidèles de la scène post-punk russophone, ANAIT a récemment franchi un cap symbolique : le groupe a sorti un morceau en collaboration avec Ploho, un nom que nos lectrices et lecteurs connaissent bien. Le titre “Чёрный на белом” réunit ces deux univers complémentaires dans une atmosphère froide, tendue et intensément évocatrice — une alliance naturelle, presque inévitable, tant les deux groupes partagent une sensibilité esthétique et émotionnelle.
Une scène à suivre, un groupe à voir
Dans le paysage actuel du post-punk européen, ANAIT propose une lecture à la fois personnelle et universelle des sentiments modernes : détachement, vulnérabilité, intensité latente. Avec des titres déjà remarqués comme “Tears in My Blood” ou “Свет фонаря” (Lumière du réverbère), le groupe s’est forgé une identité sonore forte – dansante sans être légère, sombre sans sombrer.
Leur musique donne envie de les voir sur scène, de ressentir ces tensions en direct, de s’immerger dans ce clair-obscur sonore et émotionnel. Dans un genre souvent saturé de clichés ou de relectures passées, ANAIT apporte une fraîcheur sincère et nécessaire, et la voix féminine d’Anait Isahanova y joue un rôle central : elle incarne une sensibilité peu entendue dans ce registre, et rend leur proposition encore plus singulière.
Écouter ANAIT
Disponible sur toutes les plateformes, “Дождь” et “Чёрный на белом” sont deux portes d’entrée idéales dans l’univers du groupe :
- Bandcamp : anait.bandcamp.com
- Spotify : open.spotify.com
- Instagram : @anait.band
Pour les amateur·ices de Motorama, Molchat Doma ou Ploho, ANAIT est un nom à inscrire sur ses radars. Encore confidentiel, mais pour combien de temps ?


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