Men I Trust – Equus Asinus / Equus Caballus : deux faces d’un même souffle

Men I Trust @ The Roxy 2019

On est passés à côté. Pas du disque — non — mais de l’instant. Celui où il fallait parler du dernier album de Men I Trust, de ce diptyque étrange et beau, glissé sans fracas dans un printemps 2025 un peu flou. Deux volumes, Equus Asinus et Equus Caballus, publiés à quelques semaines d’intervalle. Deux versants d’un même territoire : intime, mouvant, tendre et troublé.

Il n’est pas trop tard. Ces disques ne réclament pas l’actualité — ils demandent l’écoute lente, la patience, et peut-être une forme de solitude partagée.


Equus AsinusFolk d’ombre et de silence

Le volet âne — Equus Asinus, sorti en mars, prend le contrepied du groove connu du trio québécois. Ici, Men I Trust s’efface derrière les textures boisées : guitares claires, voix murmurée, souffle suspendu. Plus qu’un album folk, Equus Asinus est un espace : dépouillé, pastoral, vulnérable.

On y entend la poussière sur les bottes (I Come With Mud), la fatigue des tournées, le désamour des machines (I Don’t Like Music). La voix d’Emma Proulx y est nue, comme en veille, posée sur des arpèges qui laissent passer l’air. Ce n’est pas triste — c’est plus complexe que ça. C’est le son d’un repli volontaire. D’un regard tourné vers l’intérieur.

Difficile à apprivoiser, oui. Mais profondément attachant. Asinus n’est pas là pour séduire. Il est là pour rester. Un disque qui travaille doucement, longtemps. Et dont Men I Trust Equus Asinus avis ne tient qu’en un mot : nécessaire.


Equus Caballus — L’élan retrouvé

En mai, arrive le volet cheval — Equus Caballus, et avec lui le retour d’un groove familier. Mais quelque chose a changé. Ce n’est pas une simple relance — c’est une mue. Les synthés reviennent, la basse pulse, mais l’ensemble semble plus contrôlé, plus précis, comme si le groupe avait digéré ses errances.

Le morceau To Ease You ouvre la danse avec une élégance distante. Puis viennent Billie Toppy, Where I Sit, Worn Down — autant de variations autour d’un même motif : bouger sans brusquer. Chaque beat est retenu, chaque ligne mélodique tendue vers l’équilibre. Ce n’est pas l’euphorie, c’est l’apaisement rythmique.

Avec Caballus, le dernier album de Men I Trust retrouve sa lumière — pas celle des néons, mais celle du jour qui revient après l’averse.


Deux disques, une tension vivante

Ce diptyque fonctionne comme un balancier : repli d’un côté, relance de l’autre. Asinus regarde le sol, Caballus fixe l’horizon. Ensemble, ils racontent ce que c’est qu’évoluer sans se perdre. Doubler son disque, c’est risqué. Le scinder ainsi, c’est audacieux. Le réussir, c’est rare.

On pourrait opposer les deux volumes, chercher “le meilleur” — mais ce serait manquer le geste d’ensemble. Ce que propose Men I Trust ici, c’est un mouvement complet : de la fatigue au renouveau, du flou à la netteté. Une respiration en deux temps.

Notre avis ? Equus est un disque qu’on n’entend pas tous les jours. Parce qu’il ose ralentir. Parce qu’il ne surjoue rien. Parce qu’il dit deux choses à la fois — et les pense toutes les deux. Une œuvre double, mais jamais divisée. Une réussite feutrée, qui claque en silence.