On ne va pas mentir : on n’a jamais été de grands fans de Turnstile. Un bon groupe, indéniablement – carré, énergique, toujours bien produit. Mais jusqu’ici, leur hardcore avait tendance à trop bien rentrer dans les clous pour vraiment nous secouer. Avec Never Enough, sorti le 6 juin 2025, c’est une autre histoire. Un souffle nouveau traverse l’album. Quelque chose de plus fragile, plus cinématographique, plus risqué.
Une mue ambitieuse
Dès les premières écoutes, Never Enough surprend. Turnstile ose ici une hybridation audacieuse : post-hardcore bien sûr, mais aussi shoegaze, dream pop, new wave, ambient… Pitchfork parle d’un album “introspectif, cinématographique”, et on ne peut qu’être d’accord. On y trouve des transitions au piano, des nappes drones, des flûtes et même des cuivres – une palette inattendue dans un disque issu de la scène hardcore.
Produit par Brendan Yates, A.G. Cook et Will Yip, enregistré entre Baltimore et le mythique studio The Mansion à Los Angeles, Never Enough respire la liberté créative. Les riffs sont toujours là, mais ils laissent désormais de la place à des textures plus aériennes, à des expérimentations plus douces, presque fragiles. Le hardcore se fait contemplation.
Collaborations et contrastes
Ce virage se reflète aussi dans les invités : Hayley Williams, Faye Webster, ou encore Meg Mills (nouvelle arrivée à la guitare) viennent apporter leur touche à ce disque décidément à part. Loin de diluer l’identité du groupe, ces collaborations enrichissent l’ensemble, en lui donnant un ancrage émotionnel nouveau.
Des morceaux comme “Dreaming” ou “Sunshower” détonnent sans trahir. Il y a dans leur structure une mélancolie punk presque 90s, tandis que “Soft Collision” ou “Never Enough” flirtent avec l’ambient et la pop synthétique, sans jamais tomber dans la redite.
Un album qui divise… et c’est tant mieux
Les retours critiques sont majoritairement excellents. UPROXX parle d’un des meilleurs disques rock de 2025. Pitchfork le classe dans son top 10 hebdomadaire. Stereogum voit déjà en Never Enough l’un des albums hardcore de l’année. Sur Reddit, les fans se partagent entre enthousiastes et sceptiques : on célèbre l’élargissement de la palette sonore, tout en pointant parfois du doigt une certaine uniformité dans les riffs ou un tempo moins nerveux.
Lambgoat, plus virulent, évoque des choix de production « trop éthérés », avec des cuivres qui ralentissent inutilement l’élan. Pour autant, même les critiques les plus tièdes reconnaissent une cohérence d’ensemble et un tournant assumé dans la trajectoire du groupe.
Une transition nécessaire
Il faut dire que Turnstile ne fait pas que sortir un bon disque – ils réinventent ici leur rôle dans la scène alternative. Never Enough est un album de bascule. On quitte la frontalité brute pour embrasser une complexité nouvelle, sans renier les origines. C’est peut-être ça qui nous parle enfin.
Ce disque, ce n’est pas juste du hardcore qui veut son moment planant. C’est un album qui cherche, qui propose, qui s’ouvre. Et dans un paysage souvent figé dans ses codes, ce genre de geste compte.
Conclusion
Avec Never Enough, Turnstile signe son album le plus mature, le plus audacieux, et peut-être le plus personnel. Un disque qui divise, qui trouble parfois, mais qui passionne. Pour nous, c’est la première fois que le groupe parvient vraiment à nous accrocher – pas par la force, mais par la nuance.
Et si c’était ça, finalement, le nouveau hardcore ?


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