Aujourd’hui, Kim Deal fête son anniversaire. Et ça nous semblait juste de prendre un moment pour parler d’elle. Pas parce qu’elle fait la une des playlists ou des rééditions deluxe, mais parce qu’elle continue de marquer la musique alternative avec une constance rare et une humilité désarmante.
Kim Deal, c’est une présence qui n’a jamais eu besoin de s’imposer pour devenir essentielle. Dans les Pixies, avec The Breeders, ou seule dans l’ombre d’un ampli, elle a dessiné une autre façon d’être musicienne. Une voix sans calcul, une basse sans démonstration, une figure pour beaucoup – et pour beaucoup de femmes – dans un monde qui laisse trop peu de place à ce genre de trajectoires.
« Gigantic, a big big love »
Elle n’a jamais vraiment voulu être sur le devant de la scène. Et pourtant, c’est de là qu’elle a tout changé.
Quand Kim Deal rejoint les Pixies en 1986, c’est presque par hasard. Une petite annonce, une audition, une voix grave qui tranche. Très vite, sa ligne de basse devient le socle rythmique de Surfer Rosa (1988), chef-d’œuvre d’une brutalité douce, rêche et sensuelle. Gigantic, qu’elle chante et co-écrit, devient un tube underground, une ode faussement naïve à l’excès amoureux. Mais derrière la musique, déjà, les tensions.
Kim Deal, c’est la contre-leader idéale : toujours en marge, indispensable mais marginalisée, créative mais bridée. À mesure que Frank Black impose sa vision, Kim grince, compose de son côté, rêve d’un projet à elle. Ce sera The Breeders.
Fuir pour exister
En 1993, le Last Splash des Breeders explose avec Cannonball – ce morceau schizophrène, bancal et génial. Kim s’affranchit de la figure du sidekick. Elle chante, compose, produit. Elle est libre.
Mais la liberté a ses failles. Les années suivantes sont marquées par les retours avortés, les dépendances, la solitude, et les silences. Sa sœur Kelley, co-leadeuse du groupe, traverse ses propres démons. Les Pixies se reforment sans joie en 2004. Kim revient, mais sans y croire. Elle part à nouveau en 2013, définitivement cette fois.
L’anti-star qu’on n’oublie pas
Kim Deal n’a jamais voulu être une rock star. Elle voulait juste faire de la musique. Dans une industrie qui place encore les femmes bassistes au second plan, elle a tracé une voie sans esbroufe, ni costume. Avec Kim Gordon de Sonic Youth ou D’arcy Wretzky des Smashing Pumpkins, elle incarne une autre féminité rock : pas sexualisée, pas décorative, mais active, créatrice, engagée.
C’est elle qui tient la charpente du morceau, qui donne du nerf à la mélodie. Une femme dans le rock qui ne s’excuse pas d’être là, mais qui n’en fait jamais trop. Et c’est peut-être pour ça qu’on l’aime tant.
Un premier album solo, à 63 ans
En 2024, Kim Deal publie enfin son premier album solo, Nobody Loves You More. Il est fragile, sensible, artisanal. Elle y parle d’échecs, d’âge, de voix qui tremble. Elle y parle de la beauté qu’on trouve dans l’imperfection. Ce disque ne crie pas. Il n’a pas besoin. C’est un murmure qu’on écoute la nuit, comme une confidence.
Pourquoi on l’écrit aujourd’hui
Parce qu’à l’heure où les figures féminines dans le rock restent trop rares, il est important de célébrer celles qui ont ouvert les brèches. Parce que Kim Deal ne figure pas toujours dans les classements, mais qu’elle hante tous ceux qui cherchent à faire de la musique vraie. Parce que parfois, l’influence ne se mesure pas en vues ou en festivals, mais en inspiration silencieuse.
Et parce qu’elle a 64 ans aujourd’hui, et qu’elle continue, à sa façon, de faire du bruit.
À (ré)écouter
- I Bleed – Pixies, Doolittle (1989)
- Invisible Man – The Breeders, Last Splash (1993)
- Wish I Was – Kim Deal, Nobody Loves You More (2024)
Bon anniversaire, Kim Deal. Et merci.


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