On peut parler deux secondes des lives de KEXP ?

KEXP Live Room from Hallway by Maiacosis

Certaines sessions live ne se contentent pas de capter un moment musical : elles fixent une sensation, un espace, une respiration. Depuis Seattle, KEXP en a fait une spécialité. En studio, les groupes viennent jouer sans filet. Pas de public, pas d’effets spectaculaires, juste eux, leurs instruments, et un mix d’une clarté irréprochable.

Trois lives récents nous ont particulièrement marqué. Trois raisons de dire — encore une fois — que KEXP, c’est plus qu’une radio.


1. DIIV — Frog in Boiling Water, à fleur de peau

On a déjà beaucoup parlé de DIIV ici. Mais leur passage chez KEXP en juin 2024, pour défendre Frog in Boiling Water, mérite clairement d’être remis en avant.
Le groupe new-yorkais signe ici une session sobre, tendue, superbement maîtrisée. Les morceaux s’étirent, naviguent entre rêverie shoegaze et urgence post-punk. La voix de Zachary Cole Smith semble venir de loin, noyée dans les reverb, tandis que les guitares tracent des lignes troubles et limpides à la fois.
C’est un live qui ne cherche pas à séduire. Il tient à distance, et c’est précisément ce qui le rend captivant.

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2. Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs — tension brute

Oui, on les a comptés : sept fois Pigs. Et leur passage chez KEXP frappe aussi fort que leur nom. Le groupe anglais Pigs x7 délivre un rock lourd, nerveux, entre stoner, noise et psyché. Mais dans cette session — enregistrée dans le cadre du Record Store Day 2024 — quelque chose de plus direct se dégage : une énergie pure, sans excès inutiles.
La voix est frontale, les riffs sont massifs, les morceaux avancent sans détour. Pas de pause, pas de doute. C’est un live qui frappe, qui secoue, mais qui reste parfaitement tenu.

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3. Glass Beams — le mirage prend forme

Il fallait bien qu’on en parle un jour. Glass Beams, trio instrumental venu de Melbourne, propose une musique qui ne ressemble pas à grand-chose d’autre.
Leur passage chez KEXP (mai 2024) est d’une précision remarquable. Les morceaux reposent sur des motifs répétitifs et hypnotiques, avec des influences venues d’Inde, du psychédélisme 70s et des musiques de film.
Tout est instrumental, tout est en tension. On pense à Khruangbin, bien sûr, mais avec une chaleur plus dense, plus aride. Une forme de transe contenue, jamais démonstrative, mais extrêmement efficace.

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Et ce n’est qu’un extrait

On aurait aussi pu parler du live fiévreux de John Maus, du tout récent Molchat Doma, d’Altın Gün, de Mdou Moctar, ou de tant d’autres. Ce qui frappe chez KEXP, c’est la diversité des formats, des origines, des esthétiques. Et à chaque fois, ce même soin du son, cette même sincérité.

Pas d’esbroufe, pas d’effet de manche. Juste des artistes, face à leur musique, face à nous.