King Gizzard – Phantom Island : quand le rock psyché se noie dans l’orchestre

King Gizzard and The Lizard Wizard par Paul Hudson

Avec Phantom Island, sorti le 13 juin 2025, King Gizzard & the Lizard Wizard livre un album orchestral qui divise, intrigue, mais ne laisse pas indifférent. Abandonnant les murs de guitares pour une symphonie organique aux accents baroques, le groupe australien réinvente son psychédélisme habituel dans une forme plus ample, parfois sublime, parfois étouffante. Un disque de bascule pour un groupe qui n’a jamais cessé d’éprouver les limites de sa propre musique.


Un rock orchestral dense, instable, habité

Composé avec Chad Kelly (Orchestre Philharmonique de Los Angeles), Phantom Island tente une alchimie entre le rock psyché et l’orchestre classique. Dès le morceau-titre, le ton est donné : groove paranoïaque, cuivres tourbillonnants, voix fiévreuses. Tout l’album oscille entre tension et relâchement, avec des morceaux comme Spacesick qui ouvrent des failles mélodiques et émotionnelles rares chez le groupe. Ailleurs, des titres plus bavards (Deadstick, Silent Spirit) peinent à canaliser cette ambition sonore débordante.

Mais c’est justement dans cet excès que le disque affirme son altérité : un refus du confort, une recherche du vertige. Loin d’un simple album « avec des cordes », Phantom Island est une reconfiguration complète de la grammaire King Gizz.


Un accueil critique divisé, comme prévu

La presse spécialisée est partagée. Pitchfork salue l’ambition, mais regrette un manque de concision. Treblezine et Glide évoquent une œuvre immersive et raffinée, tandis que des voix plus critiques (AllMusic, Progressive Subway) dénoncent une certaine lourdeur. La moyenne des notes tourne autour de 70/100 — ce qui, pour un disque aussi hors-format, est presque un compliment. Il faut dire que Phantom Island ne cherche pas l’adhésion : il impose un espace sonore dense, presque cérémoniel, qu’il faut accepter ou rejeter d’un bloc.


Les fans saluent une mutation sincère

Sur les forums spécialisés, notamment r/KGATLW, les fans parlent d’un album “cathartique”, “magnifique” ou encore “injustement sous-estimé”. Beaucoup soulignent la puissance de la seconde moitié, plus introspective et émotionnelle. On sent chez les auditeurs une reconnaissance : celle d’un groupe qui, même après 27 albums, continue de prendre des risques, quitte à trébucher.


Verdict : une île sonore pour qui aime se perdre

Phantom Island n’est pas un album facile, ni un sommet incontesté. Mais c’est une œuvre importante : elle témoigne de la capacité du rock à se renouveler au contact d’autres langages, ici celui de l’orchestre. C’est une altérité sonore non pas décorative, mais existentielle : un changement de cap assumé, aux contours flous, parfois maladroits, mais toujours vivants.

Pour qui cherche des expériences musicales hybrides, inclassables et sincèrement ambitieuses, Phantom Island mérite qu’on s’y attarde. Comme toute île fantôme, elle ne se révèle qu’à ceux qui s’y perdent.