Nous avons aimé Rammstein. Pour son mur de décibels martial, sa théâtralité outrancière, sa langue rugueuse et poétique. Mais il est aujourd’hui impossible de faire comme si de rien n’était.
Rappels des faits
Depuis 2023, Till Lindemann, frontman de Rammstein, est visé par une série d’accusations graves portées par de jeunes femmes, pour certaines fans du groupe.
Tout commence avec plusieurs témoignages évoquant un “système de sélection” orchestré autour des concerts : des membres de l’équipe du groupe auraient approché des femmes, souvent très jeunes, dans des espaces VIP ou via Instagram, pour les inviter à des after-parties privées avec Lindemann. Certaines évoquent des pressions, des comportements déplacés, ou encore des soupçons de drogue administrée à leur insu.
Une enquête a été ouverte par le parquet de Berlin à l’été 2023. En août de la même année, elle est classée sans suite, faute de preuves suffisantes de non-consentement.
Mais classée ne veut pas dire blanchi.
Le malaise persiste. Plusieurs artistes, journalistes et fans prennent publiquement leurs distances. Les critiques fusent, y compris en Allemagne. Des concerts sont temporairement suspendus. Une partie du public — nous y compris — commence à poser une question difficile : que vaut une œuvre si elle s’écrit dans l’ombre du silence imposé aux victimes ?
Mediapart : une nouvelle alerte au Hellfest
Le 5 juillet 2025, Mediapart publie un nouvel article signé Lénaïg Bredoux et Donatien Huet. Il revient sur la venue de Till Lindemann au Hellfest 2025 (le 19 juin à Clisson), et révèle que les mêmes méthodes semblent persister.
Selon l’enquête, une membre de l’entourage du chanteur aurait approché des jeunes femmes dans la zone VIP, pour leur proposer un after privé à l’hôtel du chanteur, à Nantes.
Les faits sont documentés, les témoignages précis. Le groupe, lui, continue de nier tout en bloc.
Le moment de faire un choix
Les récits sont concordants, les structures d’abus répétées, le climat toxique maintenu dans le temps — et trop longtemps ignoré. Croire les victimes, ce n’est pas un geste radical. C’est essentiel. C’est un devoir.
Il arrive un moment où il faut simplement rompre.
Rompre avec l’aveuglement. Rompre avec l’idéalisation des idoles déchues. Rompre avec l’idée que l’intensité d’une œuvre, sa puissance scénique, sa place dans nos vies puissent suffire à étouffer ce que des voix courageuses dénoncent.
Chez Altérité Sonore, nous avons aimé Rammstein. Viscéralement.
Mais il n’est plus possible d’écouter sans détourner le regard.
La musique ne peut plus couvrir ce que nous savons.
Trouver une alternative
Rompre ne signifie pas renoncer à ce que l’on aime dans le son Rammstein. Cela veut dire le chercher ailleurs, dans des groupes qui partagent la même intensité sans l’ombre qui l’éclipse.
Voici quelques pistes pour poursuivre le voyage :
- Heldmaschine : héritier direct du style NDH, avec une modernité électronique assumée.
- Oomph!, Eisbrecher, Megaherz, Stahlmann, Tanzwut : piliers du metal industriel allemand, avec chacun leur couleur.
- Deathstars (Suède), Turmion Kätilöt (Finlande), Bloody Kitchen (Espagne) : des variations internationales du metal indus, entre goth, rave et rage.
Pour conclure
C’est un choix. Celui de la cohérence entre ce qu’on écoute et ce qu’on cautionne.
Rammstein a incarné une forme de liberté sonore et esthétique. Il est temps que cette liberté se prolonge ailleurs — sans silence complice, sans mythe à préserver, sans peur de dire stop.


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