Avec ses visuels vintage, ses harmonies douces et son esthétique folk-psyché inspirée des années 70, The Velvet Sundown a su séduire rapidement. Deux albums publiés en quelques semaines, un troisième déjà annoncé, plus d’un million d’écoutes mensuelles sur Spotify, une omniprésence dans les playlists d’ambiance : tout semble indiquer l’émergence d’un nouveau phénomène indépendant.
Mais à y regarder de plus près, une chose saute aux yeux – ou plutôt, manque au tableau : rien, dans ce projet, n’est réel.
Un groupe 100 % artificiel
Pas de musiciens identifiables, pas de traces de tournée, aucun lien vers des réseaux sociaux ou des interviews. Les membres supposés du groupe n’existent pas. Les photos officielles sont générées artificiellement. Et derrière les voix et les instruments… une intelligence artificielle.
La mention sur Spotify est désormais explicite : « synthetic music project guided by human creative direction ». Ce que cela signifie, concrètement, c’est que The Velvet Sundown est une création de A à Z par des algorithmes, avec un minimum d’intervention humaine. Composition, voix, visuels, noms… tout a été simulé.
Et il faut le reconnaître : le résultat est bluffant. Les guitares sont crédibles. Les voix sonnent juste. L’atmosphère fonctionne. C’est là que réside l’inquiétude : si une IA peut générer ce type de musique aussi rapidement, aussi efficacement, que reste-t-il aux artistes réels ?
Une musique qui fonctionne, sans profondeur
Mais relativisons. Si l’on met de côté la fascination (ou l’effroi) que peut susciter le procédé, et que l’on juge The Velvet Sundown pour ce qu’il est musicalement… c’est correct, mais sans éclat.
Le style est un folk psyché discret, inspiré par Fleetwood Mac ou Midlake, avec des teintes ambient et des textures chaleureuses. Idéal en fond sonore. Le son est propre, la production maîtrisée, mais les morceaux se ressemblent tous, les mélodies s’effacent aussitôt entendues, et l’émotion reste en retrait.
On a entendu plus inspiré. Plus risqué. Plus humain.
Un projet symptomatique de son époque
Soyons honnêtes : si The Velvet Sundown n’avait pas été généré par une intelligence artificielle, personne ne lui aurait vraiment prêté attention. Le projet est devenu viral non pas pour sa musique, mais pour ce qu’il symbolise – un jalon dans l’ère des contenus synthétiques. Et pendant que ce mirage capte l’attention, des artistes bien réels, avec une voix, une vie, une intention, continuent de créer dans l’ombre, sans jamais bénéficier d’un tel éclairage.
C’est là que réside une forme de tristesse : voir une musique moyenne briller simplement parce qu’elle est née d’une machine, tandis que tant d’artistes habités ne seront jamais mis en avant.
Au passage, si vous cherchez des artistes folk-psyché qui valent vraiment le détour – avec une âme – on vous recommande :
– Goldie Boutilier, et son superbe Cowboy Gangster Politician,
– Kayla Cohen alias Itasca, pour ses ballades forestières et brumeuses,
– Ryley Walker, un virtuose du picking aux compositions sinueuses et atmosphériques,
– et Julie Byrne, dont la voix claire flotte entre mélancolie et apaisement.
Une porte vers l’authentique ?
Curieusement, cette création artificielle a malgré tout suscité un regain d’intérêt pour ses modèles. Certains auditeurs, interpellés par le flou entourant le groupe, se sont tournés vers les artistes qu’il semble imiter : Fleetwood Mac, Crosby, Stills & Nash, Mazzy Star, Angus & Julia Stone. Un effet collatéral bienvenu : redécouvrir le vivant par contraste avec la simulation.
Et maintenant ?
The Velvet Sundown n’est ni une révolution musicale, ni un scandale, mais un point de bascule. Il interroge notre rapport à la musique : pourquoi écoutons-nous, et qu’attendons-nous vraiment d’un artiste ? Il pose aussi des questions urgentes :
Doit-on encadrer les œuvres générées par IA ? Les rendre identifiables ? Et surtout : comment protéger l’espace de création humaine dans un paysage où l’imitation devient indiscernable ?
Il ne s’agit pas de rejeter en bloc l’IA. Mais de poser des limites, de questionner notre passivité d’écoute, et de défendre ce que la musique a toujours été : un langage incarné.


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