Le 12 septembre 2025, Feu! Chatterton a publié Labyrinthe, son quatrième album studio. Réalisé avec Pierrick Devin (Phoenix, L’Impératrice), ce disque d’un peu plus d’une heure confirme une chose : dix ans après ses débuts, le groupe parisien n’a rien perdu de son audace, ni de son goût pour les chemins détournés.
Un disque dense et généreux
Avec treize titres, Labyrinthe s’écoute comme une traversée. On y croise des pulsations électroniques, des éclats pop, des nappes synthétiques aux accents cinématographiques, mais toujours une énergie rock en arrière-plan. Feu! Chatterton élargit encore son spectre musical sans jamais renier ce qui fait sa singularité. Chaque morceau devient une salle d’un dédale sonore, une bifurcation vers une nouvelle atmosphère.
Le groupe joue avec les contrastes : des morceaux directs et dansants comme Allons voir côtoient des plages plus contemplatives, comme Les tempêtes ou Labyrinthe. Ce mélange crée un disque généreux, parfois foisonnant, qui demande plusieurs écoutes pour en révéler toutes les strates.
La poésie, toujours au centre
On le sait : Arthur Teboul n’écrit pas des paroles comme tout le monde. Ici encore, il cherche, gratte, ose les images trop grandes, les tournures décalées, quitte à frôler le cliché. Oui, certaines phrases peuvent sembler “trop” : trop littéraires, trop solennelles, trop éloignées du quotidien. Mais c’est précisément cela, Feu! Chatterton. Cette volonté de tirer la chanson vers un ailleurs, de poser sur la musique des mots qui bousculent, même au risque de déranger.
Dans Baisse les armes, par exemple, le texte frappe par sa frontalité, quand Cosmos Song déploie une rêverie presque métaphysique. Ces deux extrêmes racontent bien l’album : entre urgence et élévation, terre et ciel, cri et murmure.
Quelques longueurs assumées
On ne va pas le nier : Labyrinthe n’est pas un disque parfait. Certains titres tirent un peu en longueur, et le milieu de l’album peut donner une impression de redondance. Mais ces failles font aussi partie du projet. Feu! Chatterton n’a jamais cherché la perfection calibrée : le groupe préfère le déséquilibre, la tension, la tentative. C’est dans ces zones de fragilité que se niche souvent la beauté.
Un groupe qui se réinvente sans se trahir
Après Palais d’argile (2021), qui avait marqué par sa dimension politique et son souffle collectif, on aurait pu craindre que le groupe se répète. Labyrinthe prouve l’inverse : Feu! Chatterton prend le risque de déplacer son centre de gravité. La production plus électro, les textures plus modernes et la simplicité parfois volontaire des textes témoignent d’une envie de renouvellement. Mais le cœur, lui, reste intact : une musique qui se vit comme un poème.
Verdict Altérité Sonore
Chez Altérité Sonore, nous avons beaucoup aimé Labyrinthe. C’est un album imparfait, oui, mais passionnant. Un disque ample, traversé de fulgurances, qui ose encore surprendre et bousculer. Feu! Chatterton continue de marcher en funambule : entre modernité et tradition, entre chansons populaires et textes lettrés, entre lumière et crépuscule.
Labyrinthe est une nouvelle preuve que Feu! Chatterton demeure l’un des groupes les plus importants de la scène française contemporaine.


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