Bertrand Belin revient avec Watt : élégance, poésie et énigmes sonores

Bertrand Belin revient avec Watt : élégance, poésie et énigmes sonores

Bertrand Belin est de retour. Et quel retour.
Il en a fait du chemin depuis son premier album solo en 2005. L’ancien guitariste de scène de Bénabar (on aime bien l’anecdote) et de bien d’autres artistes s’est lancé dans son projet personnel il y a plus de vingt ans — et Dieu merci, il l’a fait. Aujourd’hui, Belin occupe une place à part dans la chanson française, quelque part entre le crooner magnétique, le poète crypté et l’expérimentateur sonore.

On le sait : Belin, ce n’est pas l’artiste le plus accessible. Beaucoup ont du mal avec ses textes, d’autres avec ses intonations. De notre côté, c’est justement ce qui nous attire : un chanteur qui sort des cases, qui incarne une véritable altérité sonore. C’est un artiste qui s’écoute, mais surtout qui se réécoute. Chaque passage supplémentaire permet d’attraper une nuance, d’apprécier un détail d’arrangement, de comprendre un détour de phrase.


Watt, une puissance multiple

Sorti le 3 octobre 2025 chez Cinq7 / Wagram Music, Watt compte treize titres et s’impose déjà comme un jalon important de sa discographie, après Tambour Vision (2022). Le mot lui-même — “Watt” — évoque à la fois l’unité de puissance, l’interrogation (what ?), le roman de Beckett, ou encore un dessin animé des années 1980. Tout un programme.


Un album élégant, mais exigeant

L’album frappe d’abord par son élégance. Les arrangements soignés mêlent électro, piano, cordes et pulsations jazz. Belin y trouve un équilibre subtil entre modernité électronique et chaleur organique. Sa voix grave, nette, se tient au centre, guidant l’auditeur dans un monde de poésie et de tension.

Les morceaux se distinguent chacun à leur manière :

  • Seul brille par sa densité et sa mélancolie profonde ;
  • Certains jours prend des allures de valse tendre et désarmante ;
  • Pluie de data explore une dimension post-humaine, presque futuriste ;
  • La béatitude et Tel qu’en moi-même continuent de cultiver l’art de l’ellipse propre à Belin.

Poésie cryptée, mais magnétique

Les textes de Belin gardent leur part d’énigme. On se perd parfois dans les images, on bute sur une phrase, mais c’est précisément cette opacité qui fascine. Rien n’est donné immédiatement, tout demande une attention particulière.

Et c’est là toute la force de Watt : un disque magnétique, sophistiqué, qui ne cède jamais à la facilité. Plus on y revient, plus il se dévoile.


Verdict

On aime beaucoup. Bertrand Belin signe avec Watt un album hypnotique, élégant, profondément humain. Un disque qui ne se contente pas d’accompagner l’instant, mais qui exige — et récompense — la réécoute.

Un retour puissant, nécessaire, et qui confirme la place unique de Belin dans la musique française d’aujourd’hui.