Deux ans après le flamboyant Prelude to Ecstasy, The Last Dinner Party revient avec From the Pyre, un album de transition aussi fort qu’émouvant. Sorti le 17 octobre 2025 chez Island Records, ce second opus troque la démesure pour la tension intérieure, la perfection pour la brûlure.
Le feu, la foi et la métamorphose
Le groupe britannique — Abigail Morris, Lizzie Mayland, Emily Roberts, Georgia Davies et Aurora Nishevci — s’y montre plus grave, plus ancré, presque mystique. Le feu du titre, la “pyre”, symbolise cette transformation : un cycle de destruction et de renaissance, entre foi, féminité et désir. Là où leur premier album semblait s’élever vers le ciel, From the Pyre s’enfonce dans la terre, comme pour retrouver la vérité derrière les apparences.
Le son de la mue
Ce basculement s’explique d’abord par un changement inattendu de direction. James Ford, producteur du premier disque, a dû se retirer pour raisons de santé. Markus Dravs, connu pour son travail avec Arcade Fire ou Florence + The Machine, a repris le flambeau. Et cela s’entend.
Ici, la mise en scène baroque laisse place à une approche plus organique. Les arrangements de cordes et d’orgue sont toujours présents, mais moins écrasants. Dravs privilégie l’espace, la respiration, la tension contenue. L’émotion circule librement.
Dès les premières notes d’Agnus Dei, la voix d’Abigail Morris saisit. Elle ne chante pas seulement : elle confesse, elle invoque. Sa présence vocale, tour à tour douce et implacable, devient la colonne vertébrale du disque. C’est elle qui donne à From the Pyre cette gravité à la fois théâtrale et sincère, cette manière d’être toujours sur le fil entre prière et cri.
Feu intérieur
L’univers du disque repose sur une dramaturgie du feu. Chaque chanson semble raconter une étape de ce passage par les flammes : la perte, la confession, la rédemption. La mythologie religieuse, déjà esquissée sur Prelude to Ecstasy, s’impose ici plus frontalement. La culpabilité, la foi, la chair, l’amour s’y entremêlent avec la force d’un rite.
Les morceaux les plus marquants incarnent cette tension entre le spectaculaire et l’intime. “This Is the Killer Speaking” joue sur le double registre du théâtre et de la confession : une chanson tendue, presque cinématographique, où le groupe pousse sa théâtralité à bout sans la laisser basculer dans le trop-plein. “The Scythe”, plus ancienne, garde la sincérité brute d’une chanson d’adolescente revisitée par le temps — un titre de deuil et de détachement, à la fois simple et puissant. “Second Best”, enfin, traduit la fragilité avec justesse, mêlant cordes et chœurs dans un élan de tendresse résignée.
Au fil des titres, le disque s’éloigne du bal pour se rapprocher de la veillée. Dans Rifles, le groupe évoque la guerre, la violence, les hommes — des sujets rarement abordés avec une telle finesse. Et Inferno clôt le tout dans un clair-obscur lumineux, où piano et voix s’embrasent une dernière fois avant l’apaisement.
La beauté du tremblement
From the Pyre n’a pas la perfection éclatante de Prelude to Ecstasy. Et c’est tant mieux. Là où leur premier album pouvait paraître figé dans son esthétisme, celui-ci respire, tremble, doute. Le baroque s’y fait plus humain, les failles deviennent des forces.
La mise en scène reste au cœur de l’identité du groupe, mais elle ne masque plus rien. Derrière les costumes et les harmonies, on sent le besoin de sincérité, presque d’abandon. Ce nouvel équilibre, entre grandeur et vulnérabilité, confère à l’album une chaleur rare.
Renaissance
Avec From the Pyre, The Last Dinner Party signe une œuvre de passage. Un disque qui brûle moins fort mais plus juste, où chaque chanson semble chercher la lumière au milieu des cendres. Plus terrien, plus spirituel aussi, cet album confirme que le groupe ne se contente pas d’incarner le renouveau du rock baroque : il en repense les codes, à hauteur d’âme.
Un feu calme, mais indéniablement vivant. Et forcément, on adore.


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