C’était la deuxième fois qu’on avait la chance de les voir sur scène, mais la première à Barcelone.
Le concert s’est décidé à la dernière minute, presque sur un coup de tête.
Dès les premières notes pourtant, tout est redevenu évident : She Past Away maîtrise l’art du live sombre et hypnotique avec une précision rare.
Une première partie… qu’on taira (pour votre bien)
On ne donnera pas le nom du groupe en première partie — très facile à deviner avec les infos qu’on vient de vous donner — mais on peut dire une chose : c’était terrible. Pas dans le bon sens du terme.
Avec plus d’une dizaine d’années de concerts derrière nous, on a vu notre lot de pépites. En même temps, on a des goûts de luxe. Bien sûr, il y a déjà eu des groupes “mouais”, des trucs qui sonnent mieux sur album que sur scène. Mais là. Alors là.
On l’a senti dès les premières secondes. Pardonnez l’expression, mais ça puait l’entourloupe tout ça.
En écoutant brièvement leur album avant d’entrer dans la salle, on avait déjà un mauvais pressentiment — confirmé dès les premières notes. Et c’était encore pire que prévu.
Tout allait de travers. Les costumes ? Sortis d’une Foir’Fouille version “monstres grouu” qui font peur. Le synthé ? Des loops dignes de Mortal Kombat (pas dans le bon sens, même si on adore cette BO). La guitare ? Cheap, achetée sur Wish, avec une disto en carton.
Et le pire : la chanteuse. Malheureusement, elle chante faux. Gênant au possible. La salle entière se regardait, mi-consternée, mi-amusée. Ce qui est dommage, c’est que quand elle parlait sur ses morceaux plus qu’elle ne chantait, c’était (un peu) mieux !
Ajoutez un mixage cauchemardesque, une voix projetée comme dans un karaoké de bar glauque à 3h du matin, et un guitariste qui tente désespérément de faire applaudir le public. En vain.
Terrible, vraiment.
Mais bon, après cette expérience disons… expérimentale, tout le monde attendait She Past Away.
Sobres, puissants, impeccables
Et là, changement d’univers. Dès que les deux Turcs montent sur scène, tout s’aligne.
Sobres, gothiques sans cliché, lumières minimalistes mais efficaces, son clair, carré, fidèle à l’album. Pas de fioritures, mais une vraie puissance.
La voix de Volkan Caner résonne, profonde et juste. En live, il se permet quelques envolées vocales qu’on ne retrouve pas sur disque.
Et surtout, un vrai lien avec le public espagnol : des “muchas gracias” sincères, des sourires, une chaleur qu’on n’avait pas forcément vue lors des concerts en France.
Une musique qui fédère les ombres
La force de She Past Away, c’est de rassembler.
Dans le public, très peu pouvaient chanter les paroles en turc — et pourtant, tout le monde vibrait ensemble. On entendait de l’anglais, de l’espagnol, de l’italien, de l’allemand… Un vrai patchwork de la scène cold wave mondiale.
On a vu des vieux de la vieille avec leurs t-shirts Depeche Mode, des parents venus avec leurs enfants, et des ados en pleine période “c’est pas qu’une phase, maman”.
Et franchement, quand on croise des personnes de 60 ans en perfecto noir, pantalon en cuir, avec un eyeliner à en faire pâlir les influenceur·euses beauté et des Doc Martens usées jusqu’à l’âme, on se dit que non, parfois, ce n’est pas qu’une phase, maman.
Une musique qui réunit ceux qui ne se ressemblent pas forcément.
(Heureusement, on avait prévu hoodie et pantalon noir : arriver habillé en couleur, ç’aurait fait légèrement tâche.)
Les classiques, et un petit nouveau
Côté setlist, rien à redire. Enfin presque.
Rituel, Ruh, Kasvetli Kutlama (Belirdi Gece), Katarsis, Soluk (Narin Yalnızlık), Durdu Dünya (Disko Anksiyete)… tout y était.
Et bien sûr, le petit dernier, İnziva, sorti en 2024, qui passe parfaitement en concert.
Seul petit regret : l’absence de La Maldad, leur unique chanson en espagnol. On y croyait jusqu’au bout.
Conclusion
Un concert impeccable, sincère, intense. Les deux musiciens sont rodés, précis, à l’aise. She Past Away, c’est comme un bonbon d’enfance : on sait exactement à quoi s’attendre, mais on s’en lasse jamais.
On y retournera, évidemment. Avec plaisir.


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