Rencontre avec LANES : le post-punk version sud

Lanes 2 - Florian Puech

À Toulon, là où les groupes indé se font rares, un quatuor apporte un vent nouveau. Entre guitares nerveuses et mélodies planantes, LANES avance quelque part entre bdrmm, DIIV et Fontaines D.C., tout en gardant en filigrane l’héritage de Bloc Party, The Smiths ou The Cure. Leur son oscille entre mélancolie et luminescence.
Rencontre avec Liam, chanteur-guitariste et moteur du projet, pour parler d’amitié, de son, et d’une voiture lancée dans l’océan.

Des bancs de l’école à la scène

L’histoire de LANES commence à l’ESRA, une école de cinéma.
« On devait créer un EP de A à Z, explique Liam. Au départ, c’était juste un projet d’école. »
Autour de lui, beaucoup faisaient du rap ou de la drill. Jusqu’à sa rencontre avec Mahé (@Ushi.mp3), un beatmaker avec qui il compose les premières maquettes : Dancing with the Echoes et Hollow.

Liam pousse le concept plus loin : il trouve un nom, crée une pochette. L’EP séduit le jury et une idée germe, pourquoi ne pas continuer ?
Premier concert sur le campus, guitares saturées, retour du public plus que positif.
« Ce jour-là, je me suis dit : on doit faire quelque chose de ce projet. »

Retour au Sud

Après ses études, Liam rentre à Toulon et met plusieurs mois à reformer un groupe complet.
Pas évident dans une région davantage tournée vers le rap, mais la persévérance paie : LANES joue désormais depuis deux ans sur les scènes du Sud, du tremplin Class’eurock jusqu’à une première partie de The Vaccines en festival.

Le line-up actuel : Liam (chant, guitare), Vincent (basse), Killian dit Kiks (guitare lead) et Kevin (batterie).

Entre The Cure et DIIV

Les influences de LANES sont claires sans être figées : DIIV, The Cure, Fontaines D.C., The Smiths, Bloc Party
« On navigue entre la scène moderne et les racines eighties », résume Liam.
Vincent apporte une touche lo-fi à la Pavement, Killian vient du post-hardcore : un mélange dense et contrasté, où douceur et distorsion cohabitent.

Pour les fondus de guitare : le matos de Liam

Liam est un artisan du son.
« Mon ampli, c’est un Roland JC-120. Je l’ai découvert à Paris, en studio, et j’ai su que je ne pourrais plus jouer sur autre chose. »
Son père, musicien et bricoleur, lui fabrique des pédales custom.
« Trois quarts de mon pedalboard viennent de lui. Le Klon, par exemple, si une pédale doit brûler un jour tellement je l’utilise, ce serait celle-là. »

Autour, une panoplie de textures : un chorus Walrus Julia, une Space Echo Boss mini, trois overdrives taillées pour le post-hardcore.
Côté guitares : Jazzmaster, Stratocaster, Squier, toutes prêtes à se perdre dans un bain de delay, de reverb et d’overdrive.

Des mots et des échos

Les textes de LANES oscillent entre spleen et autodérision.
Leur dernier EP, Puppets to Love, explore les thèmes de la manipulation affective, de l’amour contrarié et de l’obsession douce-amère.
« Le titre joue sur un double sens : être manipulé par l’amour ou être une marionnette qui cherche à être aimée. »

Mais Liam tempère le sérieux d’un sourire :
« Je ne cherche pas la poésie, juste des mots qui sonnent bien. J’essaie d’aborder des sujets plus ou moins légers. »

Parfois, l’inspiration vient de loin.
« Drive, c’est un vieux morceau que j’avais écrit au lycée, inspiré d’une mission d’Halo. Tu fonces dans l’eau avec ta voiture, c’est devenu un mème, alors j’ai repris l’idée : driving my car into the ocean. »

Tout est écrit en anglais, par instinct.
« J’ai un blocage avec le français. Peut-être que ça changera, mais pour l’instant, je ne me sens pas légitime. »

Puppets to Love : six morceaux pour se brûler le cœur

À l’origine du projet : It’s Been Great.
« On participait à un tremplin dans les Alpes, dans une auberge dédiée à la musique, avec studio et salle de répète. On l’a enregistré là-bas, sans plan d’EP, juste l’envie de sortir quelque chose et de faire vivre le projet. Les autres chansons sont venues après. »

Puppets to Love se veut un petit voyage.
« On voulait plus que quatre titres. On se moque souvent de nos potes de Glitch qui sortent des EP trop courts. On reste sur notre faim quand on les écoute ! »
Résultat : six morceaux portés par un mix soigné et une tension constante.
Drive ferme le bal comme un point d’exclamation.

Le live, centre de gravité

Pour LANES, le live n’est pas un prolongement : c’est le cœur du projet.
« Un groupe sérieux sans live, ça n’existe pas. C’est là que tu comprends tout : les erreurs, la cohésion. »

Après des mois en mode DIY, Liam a trouvé un booker.
« C’est une vraie étape. Jusqu’ici, je faisais tout moi-même. Maintenant, on veut passer un cap. »

Le groupe prépare des tournées plus ambitieuses et réfléchit à la suite : nouvel EP, premier album… ou les deux.
« On veut prendre le temps, mais sans s’endormir. »

“Un post-punk plus joyeux que les autres”

Quand on lui demande de définir LANES, Liam sourit :
« J’aime bien dire que c’est un groupe post-punk plus joyeux que les autres. »

Pas faux. Entre mélancolie solaire et rage contenue, LANES brouille les frontières et refuse les clichés. Une chose est sûre : le groupe fait partie de cette génération qui dépoussière le rock indé français, sans nostalgie, mais avec conviction.

Puppets to Love est disponible sur toutes les plateformes.
Suivez LANES sur Instagram : @lanestheband