Depuis Addendum en 2018, John Maus n’avait plus rien publié. Mais il n’avait pas disparu pour autant. On l’a vu régulièrement sur les routes d’Europe, apparaissant sur scène comme une figure étrange, presque irréelle, entre tension muette et moments de transe synthétique.
Son concert à Barcelone, fin 2024, nous avait littéralement cloués. Une expérience rare, tendue, magnifique.
Le voilà enfin de retour avec « I Hate Antichrist », un single court, sec, déstabilisant, publié sans fracas début juin 2025. Deux minutes à peine. Pas d’introduction, pas de montée. Juste un motif, une voix, un vertige.
Une musique qui ne rassure pas
Le morceau semble construit comme une boucle. Une ligne de synthé simple, presque enfantine, tourne sans fin, pendant que la voix grave de Maus répète inlassablement : I hate Antichrist.
Il n’y a ni explosion, ni rupture, ni climax. Le morceau ne cherche pas à séduire, il persiste. Il insiste.
Mais derrière la répétition se cache un malaise plus vaste. Maus ne parle pas d’un démon biblique ou d’un rejet religieux. Il parle d’un fantôme contemporain : celui des faux sauveurs, des figures séduisantes mais mensongères, du besoin collectif de croire en quelque chose, quitte à se perdre dans l’illusion.
Dans une note brève, publiée avec le single, il évoque « la séduction messianique » et « le mensonge qui avance déjà dans les marges de notre époque ».
Une vidéo pour perdre pied
Le clip, réalisé par Andrew Norman Wilson, pousse plus loin ce trouble. Des visages numériques instables, des corps difformes, des images sacrées distordues défilent sans logique apparente.
Ce n’est pas une narration, mais une dérive. Une perte de repères volontaire.
Rien n’est vraiment clair, et c’est sans doute l’intention : l’image fonctionne ici comme un prolongement mental du son, un espace où plus rien ne tient vraiment debout.
Vers un nouvel album ?
Officiellement, rien n’a encore été annoncé. Mais la sortie de ce morceau, sa diffusion sur les grandes plateformes, la qualité du clip et le fait que Maus soit à nouveau en tournée (il jouera notamment à Pollença, à Mallorca, le 15 juillet) laissent penser qu’un projet plus vaste pourrait suivre.
Et si « I Hate Antichrist » en est le premier signe, on peut s’attendre à un album dense, sans concessions, bien plus sombre encore que Screen Memories, peut-être plus frontal que We Must Become the Pitiless Censors of Ourselves.
Une sensation persistante
Ce morceau laisse une impression étrange. Il ne cherche pas à plaire, il ne se donne pas facilement. Mais il s’infiltre. Il crée une tension qui ne se relâche pas, une sensation que quelque chose approche, sans qu’on puisse vraiment le nommer.
John Maus ne revient pas avec des réponses. Il revient avec des signaux. Et parfois, cela suffit largement à faire vaciller tout le reste.


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