Frankie Pulitzer : Tom Hardy rappe depuis 25 ans, on aurait peut-être dû le voir venir

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Un acteur mondialement connu qui sort un album de rap à 48 ans : sur le papier, ça sent la fausse bonne idée. Et les précédents n’incitent pas forcément à l’optimisme. Entre les morceaux du footballeur Memphis Depay et les aventures musicales de notre Christophe Hondelatte national, on avait appris à se méfier des reconversions derrière un micro.

Mais Tom Hardy n’est pas vraiment un nouveau venu dans le rap. Avec Czarface Meets Frankie Pulitzer, sorti le 28 août, l’acteur britannique concrétise une passion qui remonte à bien avant sa carrière au cinéma.

Pour ce premier véritable album, il s’associe à Czarface, trio composé d’Inspectah Deck du Wu-Tang Clan, 7L et Esoteric. Le disque compte quinze morceaux et plusieurs invités de poids, parmi lesquels Method Man, Busta Rhymes, El-P et Kendra Morris.

Une histoire qui remonte aux années 1990

Tom Hardy commence à rapper vers 14 ou 15 ans. À la fin des années 1990, bien avant Bronson, Inception ou Mad Max, il se fait appeler Tommy No. 1 et enregistre avec son ami Edward Tracy, alias Eddie Too Tall.

Les deux enregistrent 18 morceaux, réunis sous le nom Falling on Your Arse in 1999. Les moyens sont alors très simples : Hardy pose ses voix sur un dictaphone à cassette, sans montage ni overdub. Longtemps restés dans les cartons, les morceaux finissent par être publiés en ligne en 2018.

Le plus surprenant n’est donc peut-être pas de voir Tom Hardy sortir un album de rap en 2026, mais plutôt qu’il ait attendu aussi longtemps.

Son histoire avec Czarface n’est pas nouvelle non plus. Hardy apparaît dans leur univers dès 2021 sous le nom de Facepuller. Il revient en 2024 sur « Knull & Void », aux côtés de Method Man. Esoteric le décrit d’ailleurs comme un vrai connaisseur du hip-hop des années 1990 et 2000, avec un goût particulier pour le Wu-Tang Clan.

Dans les pas de MF DOOM

À l’écoute de Czarface Meets Frankie Pulitzer, difficile de ne pas penser à MF DOOM.

Czarface entretient depuis longtemps ce lien entre rap et comics. Le groupe construit son univers autour de super-vilains, d’alter ego et d’une esthétique directement inspirée des bandes dessinées. Il a surtout collaboré avec MF DOOM sur Czarface Meets Metal Face en 2018, puis Super What? en 2021.

Tom Hardy reprend cette logique avec Frankie Pulitzer. Il ne rappe presque jamais sur sa vie d’acteur célèbre. Il se cache derrière un personnage et entre complètement dans l’univers de Czarface.

Les références s’enchaînent alors comme matière première pour ses punchlines. Sur « Raw Forever », Hardy passe de Bringing Out the Dead de Scorsese à Willem Dafoe en Green Goblin, Doctor Doom, Dog Day Afternoon ou Sgt. Rock. Sur « Mad Technology », on croise Cujo, Misery, Thor ou encore Shameik Moore. Même Titanic trouve sa place ailleurs sur le disque.

Il y a un côté rap de nerd totalement assumé, déjà très présent chez Czarface et, avant eux, chez MF DOOM. Comics, cinéma et culture populaire se mélangent en permanence, sans chercher à être particulièrement sérieux.

Hardy pousse même le concept jusqu’au bout sur « Grim-Visaged War ». À la fin du morceau, il récite l’ouverture de Richard III de Shakespeare avec une voix qui rappelle fortement celle de Bane dans The Dark Knight Rises. L’acteur et le rappeur finissent alors presque par se confondre.

Musicalement, l’influence de DOOM reste également présente. On retrouve un boom-bap assez brut, des batteries sèches, des samples étranges, des pianos sombres et des ambiances qui rappellent parfois les vieux films de série B.

Et c’est probablement là qu’on comprend le mieux les intentions de Hardy. Il ne cherche pas vraiment à devenir une nouvelle star du rap. Il vient plutôt construire un personnage dans un univers qu’il connaît et apprécie depuis longtemps.

Plus qu’une simple curiosité

Le projet devait d’ailleurs initialement s’appeler Czarface Meets Venom. Des questions de droits avec Marvel ont finalement fait tomber l’idée. Hardy propose alors de développer Frankie Pulitzer à la place.

Et c’est probablement une bonne chose. Plutôt que de simplement surfer sur Venom, Hardy développe son propre personnage et donne au projet une vraie raison d’exister.

Reste évidemment à savoir ce que vaut Tom Hardy derrière un micro. Sans être un rappeur exceptionnel, il tient sa place. Son flow reste parfois plus rigide que celui des artistes qui l’entourent, mais sa voix grave fonctionne particulièrement bien avec les productions sombres de Czarface. Face à Inspectah Deck, Method Man, Busta Rhymes ou El-P, l’acteur ne semble jamais hors sujet.

Czarface Meets Frankie Pulitzer fonctionne surtout parce qu’il dépasse assez vite son principal argument de vente. Passée la surprise de voir Tom Hardy sortir un album de rap, on comprend qu’il ne s’agit ni d’une blague ni d’une passion découverte sur le tard.

Le rap a toujours fait partie de sa vie. Frankie Pulitzer lui permet simplement, pour la première fois, de le montrer vraiment.