Daphné Chenel : à Lisbonne, tracer les contours de sa propre musique

Daphné Chenel photo by Catarina Miguel

Installée à Lisbonne depuis plusieurs années, Daphné Chenel dévoile Lisbonne, premier extrait de son album Les contours, attendu le 6 novembre. Un morceau doux et épuré, à l’image d’un disque très personnel, né entre voyages, remises en question et nouvelles rencontres.

Daphné Chenel n’avait pas forcément prévu de construire sa carrière musicale au Portugal. Après une formation de jazz puis une école d’auteur-compositeur-interprète à Paris, elle part en Erasmus à Lisbonne. Elle commence alors à jouer dans des bars pour payer son loyer. De concert en concert, ce qui ne devait être qu’une expérience temporaire finit par devenir une nouvelle vie.

Ses premières expériences de la scène remontent pourtant à Paris, où elle chantait dans le métro, face à des passants pas toujours attentifs. À Lisbonne, les piano-bars lui offrent un autre cadre et lui permettent progressivement de développer son projet.

Se faire une place au Portugal en chantant principalement en français n’avait toutefois rien d’évident. Mais les concerts se multiplient et la musicienne s’intègre peu à peu à la scène locale. En 2026, elle participe notamment à Termómetro, festival consacré à la scène émergente portugaise, dont elle est la seule artiste à ne pas chanter en portugais.

« Je me dis que j’ai malgré tout fait un petit peu ma place ici », explique-t-elle.

Lisbonne, entre montées et descentes

Lisbonne occupe désormais une place centrale dans son univers. Son premier EP, Mue, sorti en 2023, portait déjà l’empreinte de sa ville d’adoption. Trois ans plus tard, elle lui consacre directement une chanson.

L’idée de Lisbonne lui vient dans un tramway, au cours d’un moment de tristesse. Elle pense aux rues de la capitale portugaise, qui ne cessent de monter et de descendre, et fait le rapprochement avec ses propres variations émotionnelles.

« Lisbonne est toujours en montée et en descente. Et moi, je suis aussi un peu comme ça, avec des hauts et des bas. »

Daphné Chenel photo by Catarina Miguel

De retour chez elle, la chanson prend rapidement forme. La guitare et la voix restent au premier plan, accompagnées de quelques notes de piano. Une douceur qui peut rappeler Sparks de Coldplay ou certains morceaux d’Agnès Obel, même si Daphné cite plutôt Tom Odell, Patrick Watson ou Alice Phoebe Lou parmi ses influences.

Cette sobriété est un choix : Daphné accorde une grande importance aux paroles et souhaite que les instruments accompagnent les histoires sans les recouvrir.

photo par Catarina Miguel

Un album construit avec son frère

Pour trouver cette identité sonore, Daphné travaille avec son frère Barnabé Chenel, compositeur, arrangeur et musicien installé à Paris. Ensemble, ils définissent les couleurs de l’album : des sonorités organiques, beaucoup de guitare, de bois et un piano discret.

Cette collaboration apporte une vraie cohérence aux dix chansons du disque et accompagne une évolution artistique. Après la pop-folk de Mue, Daphné se dirige vers une musique plus folk, plus épurée et plus proche de ce qu’elle souhaite exprimer.

Le titre Les contours résume cette recherche. L’album a été écrit au cours d’une année mouvementée, pendant laquelle la chanteuse a appris à être seule, à mieux se connaître et à faire davantage confiance à ses choix.

« J’ai commencé à tracer les contours de ma vie et de mon projet. C’est un premier jet. »

Le disque suit le déroulement de cette année : les premières chansons évoquent le doute, la tristesse et les histoires de cœur, avant de progressivement laisser place à des morceaux plus lumineux. Avec, en fil rouge, l’idée de trouver son chez-soi, dans un lieu comme en soi-même.

Une histoire entre la France et le Portugal

Si Daphné continue principalement d’écrire en français, le Portugal traverse l’ensemble de l’album. Il apparaît dans Lisbonne, mais aussi dans Alice, une chanson consacrée à sa grand-mère portugaise. Une partie du morceau est chantée en portugais et ses chœurs ont été enregistrés avec une quinzaine d’amis dans un studio lisboète.

Le pays est également au centre de Não Te Quero Magoar, prochain single de l’album, enregistré avec Marta Lima. Daphné découvre l’artiste portugaise lors d’un concert à Lisbonne et lui propose de participer au disque. Leur première séance d’écriture, autour d’un thé chez Daphné, donne naissance à la chanson en seulement une heure.

La langue reste un sujet important pour elle. Le français lui offre une maîtrise qu’elle ne retrouve pas encore totalement en anglais ou en portugais. Mais cette barrière commence à tomber : elle travaille déjà sur un nouveau projet écrit en anglais.

Les lieux nourrissent également son écriture. Lisbonne, Madrid ou les différentes villes traversées deviennent des atmosphères, presque des personnages.

Un disque entouré de voix familières

C’est en trio, accompagnée d’un piano et d’un violoncelle, que Daphné fêtera la sortie de l’album le 7 novembre à la Casa Capitão de Lisbonne. Plusieurs invités et deux premières parties sont également prévues, avant une tournée de dix showcases dans les FNAC portugaises.

Les contours reste un projet profondément artisanal et indépendant. Les voix ont notamment été enregistrées dans le studio d’une amie à Lisbonne, tandis que plusieurs de ses proches ont participé au disque. Cette dimension collective se retrouve notamment dans Tes larmes, une chanson consacrée à l’amitié féminine, sur laquelle ses amies et sa mère ont ajouté leurs voix.

Entre son frère aux arrangements, ses proches dans les chœurs et les artistes rencontrés à Lisbonne, Daphné a ainsi construit un premier album intime sans jamais le construire seule.

Avec Les contours, elle dessine les premières lignes d’une identité artistique plus libre et affirmée. Une musique douce, portée par les voyages, les rencontres et par une ville devenue bien plus qu’un décor. On aime beaucoup ce qu’on en a entendu jusqu’ici, et on se donne rendez-vous le 6 novembre pour découvrir la suite.