Catherine Ringer, une grande voix libre du rock français s’est éteinte

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Catherine Ringer est morte dans la nuit du 14 au 15 septembre, à l’âge de 68 ans, des suites d’un cancer foudroyant. Avec elle disparaît l’une des voix les plus singulières du rock français et une artiste qui, pendant plus de quarante ans, aura toujours cultivé sa différence.

Avec Fred Chichin et les Rita Mitsouko, Catherine Ringer a occupé une place à part dans la musique française. Rock, new wave, funk, chanson, rythmes latins ou électronique : dès le début des années 1980, le duo mélange les influences et développe un son et une esthétique immédiatement reconnaissables. Marcia Baïla, C’est comme ça, Andy, Les Histoires d’A. ou Le Petit Train deviennent des tubes, sans pour autant faire rentrer les Rita Mitsouko dans un genre bien défini.

Cette liberté musicale est sans doute l’un des principaux héritages du groupe. Avant de remplir les grandes salles et de s’installer sur les radios françaises, Catherine Ringer et Fred Chichin évoluent dans le Paris alternatif du début des années 1980. Petites salles, théâtre, danse, performances : les deux artistes se construisent à la croisée de plusieurs scènes, loin des formats traditionnels de l’industrie musicale.

Catherine Ringer s’impose rapidement par sa voix, capable de passer du grave à des registres beaucoup plus aigus, mais aussi par sa manière très théâtrale d’interpréter les morceaux. Sur scène comme dans les clips, son personnage participe pleinement à l’identité des Rita Mitsouko : excentrique, provocateur et souvent à contre-courant des codes du rock de l’époque.

Cette liberté avait également une dimension politique, sans faire de Catherine Ringer une artiste militante au sens classique. Avec Fred Chichin, elle s’était notamment mobilisée pour défendre le square Villemin, à Paris, menacé par un projet immobilier. Son histoire familiale occupe également une place importante dans plusieurs chansons. Son père, Sam Ringer, peintre juif polonais, avait été déporté pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette histoire apparaît notamment dans Le Petit Train, qui évoque derrière une musique volontairement entraînante les trains de la déportation, puis plus directement dans C’était un homme.

Catherine Ringer s’est aussi régulièrement exprimée sur le corps, la sexualité et la place des femmes. Elle n’a jamais cherché à dissimuler son passé dans le cinéma pornographique et a toujours refusé d’en faire un sujet de honte. Son affrontement avec Serge Gainsbourg sur le plateau de Mon Zénith à moi, en 1986, après une remarque de celui-ci sur son passé, reste l’une des séquences les plus connues de sa carrière et illustre son refus d’être jugée ou réduite à cette période de sa vie.

Après la mort de Fred Chichin en 2007, Catherine Ringer poursuit sa carrière en solo. Elle sort plusieurs albums, continue de tourner et fait régulièrement vivre sur scène le répertoire des Rita Mitsouko.

En plus de quarante ans de carrière, Catherine Ringer aura ainsi occupé une position particulière dans la musique française : celle d’une artiste issue des scènes alternatives devenue extrêmement populaire sans abandonner ce qui faisait sa singularité.

Sa disparition marque celle d’une des grandes voix du rock français, et d’une artiste qui aura largement contribué à faire entrer une certaine culture alternative dans la musique populaire.