Soundhood Barcelona 2026 : de la douceur, du bruit et beaucoup d’énergie

Fat dog barcelona

Ce samedi 17 octobre, le festival Soundhood, organisé par SON Estrella Galicia, investissait le quartier du Paral·lel à Barcelone. Après plusieurs concerts et animations dans le quartier, la soirée se poursuivait à Paral·lel 62 avec trois groupes britanniques aux univers bien différents : Honeyglaze, Mandy, Indiana et Fat Dog. Une programmation variée, entre indie rock, noise et punk électronique, qui nous aura réservé quelques très bons moments.

Honeyglaze : mélodies délicates et guitares saturées

Le trio londonien Honeyglaze ouvre la soirée. Emmené par la chanteuse et guitariste Anouska Sokolow, le groupe s’est notamment fait remarquer avec son deuxième album, Real Deal, sorti en 2024. Un disque indie rock qui alterne entre compositions mélodiques et passages plus électriques.

Sur scène, cette dualité fonctionne particulièrement bien. Honeyglaze propose des morceaux assez calmes, portés par la très belle voix d’Anouska Sokolow, avant de basculer par moments vers un son beaucoup plus brut. Certaines compositions prennent même des accents grunge, avec des guitares saturées et une batterie plus agressive.

Le trio se distingue également par son travail sur les sonorités. Le bassiste Tim Curtis utilise un archet de violon sur sa basse sur certains morceaux, créant une texture sonore assez inhabituelle. Une expérimentation intéressante qui s’intègre naturellement à la musique du groupe.

L’ensemble est mélodique, bien exécuté et suffisamment varié pour ne jamais devenir monotone. Le public semble apprécier, et nous aussi. Honeyglaze livre un très bon concert, avec une vraie maîtrise des changements d’intensité et une chanteuse particulièrement convaincante.

Mandy, Indiana : du bruit, de la tension et un discours

Changement complet d’ambiance avec Mandy, Indiana. Le groupe basé à Manchester, emmené par la chanteuse française Valentine Caulfield, évolue dans un registre beaucoup plus expérimental, entre noise rock, électronique industrielle et post-punk.

Dès les premières minutes, le son est agressif, dissonant et parfois franchement oppressant. Les compositions reposent sur des structures assez imprévisibles, des effets électroniques omniprésents et une batterie particulièrement puissante.

Il faut d’ailleurs un certain temps pour apprécier pleinement le concert. Mandy, Indiana n’est pas le groupe le plus accessible de la soirée, loin de là. Mais une fois habitué à cet univers sonore, on commence à mieux saisir l’intérêt de ses compositions. Le travail rythmique est notamment remarquable, avec un excellent jeu de batterie qui apporte une dimension presque dansante à certains morceaux.

Valentine Caulfield contribue largement à l’intensité du concert. Très mobile sur scène, elle alterne entre chant parlé, cris et passages plus scandés, tout en dansant de manière presque ininterrompue.

Le groupe, qui a sorti son deuxième album URGH en février 2026, revendique également un engagement politique très marqué. Avant un morceau consacré aux violences sexuelles, Valentine Caulfield rappelle qu’il « ne suffit pas de ne pas être un violeur, mais qu’il faut aussi combattre activement les agresseurs. »

Plus tard, la chanteuse prend la parole sur la situation à Gaza, dénonçant le génocide commis par Israël. Elle affirme également que les opposants à ces violences sont plus nombreux et qu’ils continueront à faire entendre leur voix.

En France, manifester serait presque dans le sang, explique-t-elle, avant de raconter avoir participé à sa première manifestation à seulement six ans. Les différentes interventions occupent une place importante dans le concert et correspondent à l’identité très engagée du groupe.

La fin de la prestation est particulièrement réussie. Valentine Caulfield descend dans le public pour interpréter les trois derniers morceaux, chantant et dansant au milieu des spectateurs. Une proximité qui renforce encore l’intensité du live.

Au final, Mandy, Indiana propose un concert assez exigeant, parfois difficile à suivre, mais intéressant musicalement. On retiendra surtout la puissance des rythmiques, l’énergie de Valentine Caulfield et une prestation qui ne laisse pas indifférent.

Fat Dog : public en délire et une nouvelle claque

Pour terminer la soirée, place à Fat Dog. Et autant le dire tout de suite, le groupe londonien nous a encore une fois impressionnés.

Depuis la sortie de son premier album WOOF. en 2024, Fat Dog s’est fait une réputation grâce à ses concerts particulièrement agités. Son deuxième disque, Cancel Me (I’m Tired), sorti le 2 octobre 2026, poursuit dans cette direction, avec un mélange assez improbable de punk, de rock et de musique électronique.

Sur scène, ce mélange fonctionne à merveille. Dès les premiers morceaux, le public se déchaîne. Ça danse, ça saute, ça pogote et ça chante à pleins poumons.

Musicalement, Fat Dog possède une formule particulièrement efficace. Les morceaux reposent sur des rythmiques très dansantes, des basses puissantes, des guitares nerveuses et des passages électroniques qui rappellent parfois la musique de rave. Le groupe joue constamment sur les accélérations et les changements de rythme, ce qui fonctionne particulièrement bien en concert.

Joe Love, le chanteur, est lui aussi en grande forme. Très à l’aise sur scène, il multiplie les interactions avec le public, descend dans la foule et n’hésite pas à provoquer les spectateurs. Il adresse plusieurs doigts d’honneur aux premiers rangs en leur lançant des « Go fuck urself ! ». Une provocation à prendre au second degré, puisqu’il s’agit également du titre d’un morceau du nouvel album.

Le personnage est assez particulier, mais son attitude correspond parfaitement à l’univers du groupe. Et surtout, Fat Dog ne se repose pas uniquement sur les provocations de son chanteur. Derrière cette agitation permanente, les musiciens assurent une prestation solide, avec une énergie et une précision impressionnantes.

Le résultat est un concert extrêmement festif, presque chaotique par moments, mais toujours maîtrisé. Le public répond à chaque sollicitation et l’ambiance ne retombe pratiquement jamais.

Nous avions déjà beaucoup apprécié Fat Dog lors de précédents concerts, mais cette prestation confirme une nouvelle fois leur statut de groupe à part en live. Peu de formations parviennent aujourd’hui à provoquer une telle réaction dans une salle.

Une véritable claque, et sans doute le grand moment de cette édition de Soundhood.