Deux ans après Frog in Boiling Water, DIIV revient avec ZIRP!, son cinquième album, attendu le 30 octobre 2026. Produit par A. G. Cook, le disque marque une nouvelle évolution pour le groupe américain, avec des compositions plus directes, des guitares saturées et une utilisation importante des effets électroniques. Nous avons pu le découvrir en avant-première, le 27 octobre, lors d’une session d’écoute organisée à Barcelone. Voici notre avis.
Le mardi 27 octobre, nous avons eu l’occasion de participer à une session d’écoute en avant-première de ZIRP!, organisée à l’Oblicuo Hi-Fi Bar à Barcelone. Une première découverte des onze morceaux qui composent ce nouvel album de DIIV, deux jours avant sa sortie.
Depuis Oshin (2012), DIIV n’a cessé de faire évoluer sa musique. D’abord associé à la dream pop, le groupe mené par Zachary Cole Smith s’est progressivement tourné vers des sonorités plus lourdes et saturées, notamment sur Deceiver (2019), puis Frog in Boiling Water (2024). Ce dernier, particulièrement dense et sombre, constituait jusqu’ici l’une des propositions les plus abouties du groupe.
Avec ZIRP!, DIIV prend une direction assez différente. Plus énergique, parfois presque punk dans son approche rythmique, ce cinquième album conserve les guitares caractéristiques du groupe, mais les associe à des textures électroniques, des effets glitch et une saturation omniprésente.
Un album produit par A. G. Cook, loin des habitudes de DIIV
Pour ce nouveau disque, DIIV a choisi de travailler avec A. G. Cook, producteur britannique notamment connu pour ses collaborations avec Charli XCX et Caroline Polachek. Une association qui peut surprendre, tant les univers des deux artistes semblent éloignés.
Dans plusieurs interviews accordées avant la sortie de l’album, Zachary Cole Smith explique que le groupe souhaitait sortir de ses habitudes et retrouver davantage de spontanéité dans son processus de création. Après les sessions parfois compliquées de Frog in Boiling Water, les musiciens ont cherché à simplifier leur manière de composer.
Initialement, l’idée était de déconstruire les morceaux pour les reconstruire en studio. Mais après avoir découvert DIIV sur scène, A. G. Cook a finalement privilégié une approche plus organique, accordant une place importante aux batteries enregistrées et aux guitares.
Le résultat n’en reste pas moins très marqué par les effets. Les guitares fuzz occupent une place centrale, tandis que de nombreuses sonorités électroniques viennent modifier les textures habituelles du groupe. Certains passages évoquent presque les bandes-son de jeux vidéo, avec leurs sons pixelisés et leurs effets numériques.
Cette esthétique se retrouve jusque dans la pochette de ZIRP!, dont l’aspect volontairement numérique correspond assez bien à ce que l’on entend tout au long de l’album.
Des guitares saturées et une énergie nouvelle
Dès les premières minutes, ZIRP! affiche une identité sonore bien définie. Les guitares sont saturées, les rythmiques souvent rapides et les arrangements multiplient les effets de distorsion. Le disque se montre globalement beaucoup plus énergique que Frog in Boiling Water, dont les compositions privilégiaient davantage les atmosphères pesantes et les progressions lentes.
Premier single dévoilé, « The Fountain » représente assez bien cette nouvelle direction. Les guitares fuzz s’y mêlent aux effets glitch, dans un ensemble à la fois mélodique et fortement saturé. Le morceau donne rapidement une idée de ce qui attend l’auditeur sur le reste du disque.
À l’inverse, « Kid », deuxième single, apparaît comme l’une des chansons les plus accessibles de l’album. Plus légère, elle fait notamment la part belle à la guitare acoustique et à des arrangements épurés, offrant une respiration bienvenue au milieu des morceaux plus saturés de ZIRP!.
Sur « When the Glow Came for Us », une longue introduction rythmée par un son évoquant le tic-tac d’une horloge laisse progressivement place à un jeu de batterie particulièrement intéressant. Le morceau développe ensuite un riff mélodique, accompagné de guitares légèrement saturées et d’une voix relativement claire de Zachary Cole Smith. Mais cette relative lisibilité ne dure pas jusqu’au bout : la chanson se termine dans une accumulation de distorsions, un procédé que l’on retrouve à plusieurs reprises sur l’album.
« Dare Me » poursuit dans cette direction, avec une entrée en matière immédiatement puissante et des guitares dont les notes étirées renforcent l’intensité du morceau.
Plus loin, « The Crash » pousse encore davantage la saturation. Sa ligne de basse, presque électronique, rappelle par moments l’univers des jeux vidéo. Le rythme rapide, proche du punk, et les guitares particulièrement bruyantes donnent au morceau une dimension plus abrasive. Là encore, la fin se transforme en un ensemble volontairement chaotique.
Cette énergie constitue l’une des principales qualités de ZIRP!. DIIV semble avoir voulu retrouver une forme d’immédiateté, sans pour autant renoncer à son goût pour les arrangements complexes.
Une approche plus pop, mais toujours expérimentale
Le groupe présente lui-même ZIRP! comme son album le plus pop. Une affirmation qui peut sembler étonnante à la première écoute, tant le disque reste dominé par la saturation et les expérimentations sonores.
Cette volonté se retrouve néanmoins dans des compositions plus directes et des mélodies souvent assez faciles à retenir.
Le meilleur exemple reste probablement « Trillions », troisième single de l’album. Dès les premières secondes, le traitement de la voix surprend. L’utilisation d’effets proches du vocoder donne au morceau une dimension presque commerciale, assez éloignée de ce que DIIV proposait jusqu’ici.
Mais cette approche est parfaitement volontaire. Avec ZIRP!, le groupe développe une critique du capitalisme, des grandes entreprises technologiques et de l’industrie musicale, tout en reprenant certains de leurs codes. « Trillions », avec son esthétique pop volontairement excessive et son discours satirique sur la richesse, illustre particulièrement bien cette démarche.
Le titre de l’album lui-même fait référence à la Zero Interest Rate Policy, une politique monétaire de taux d’intérêt zéro que le groupe associe à l’essor de la finance et des entreprises technologiques.
Musicalement, « Trillions » peut dérouter au premier abord. Pourtant, son refrain finit rapidement par rester en tête. Un morceau assez provocateur dans son approche, qui témoigne de la volonté du groupe de ne pas se prendre systématiquement au sérieux.
Cette nouvelle orientation se retrouve également dans le concept de The New Alternative, une expression inventée par DIIV pour accompagner la sortie du disque. Lassés d’être constamment associés au shoegaze, les musiciens revendiquent une approche plus libre du rock alternatif, sans chercher à respecter les codes d’un genre particulier.
Un disque cohérent, parfois au risque de se répéter
Au fil de l’écoute, plusieurs morceaux confirment les qualités de cette nouvelle formule. « Evangelizer » se distingue notamment par son riff de guitare plus clair et son énergie communicative, tandis qu’« Underground » s’ouvre sur des sonorités électroniques particulièrement pixelisées, avant de retrouver les guitares caractéristiques du disque.
« My Star » impressionne par son introduction à la basse, très rapide, immédiatement suivie d’une importante couche de fuzz. Le morceau ménage néanmoins un passage plus léger et aérien, qui apporte un contraste bienvenu au milieu de cette débauche d’énergie.
De notre côté, « Us Against You » s’impose comme l’un des meilleurs morceaux de cette première écoute. Son riff de guitare particulièrement réussi et son efficacité immédiate en font l’un des titres que nous avons le plus envie de réécouter.
Enfin, « Idiot in the Sky » conclut l’album dans une ambiance plus calme. Le traitement de la voix de Zachary Cole Smith y occupe une place importante, rappelant que le chanteur alterne tout au long du disque entre des passages relativement clairs et d’autres où sa voix se fond davantage dans les effets.
Cette variété dans les traitements vocaux constitue d’ailleurs un élément intéressant de ZIRP!. Malgré une production souvent chargée, certaines chansons laissent davantage de place au chant, tandis que d’autres l’utilisent presque comme une texture supplémentaire.
Il reste néanmoins une réserve après cette première écoute : l’album peut parfois donner une impression de répétition. La saturation, les effets glitch et les conclusions volontairement chaotiques reviennent régulièrement, au point que certains morceaux finissent par partager une esthétique assez similaire.
Cette cohérence sonore donne une véritable identité au disque, mais elle peut aussi atténuer les différences entre certaines compositions. Un point qui méritera d’être réévalué après plusieurs écoutes.
Notre avis sur ZIRP! : une évolution surprenante, mais convaincante
Avec ZIRP!, DIIV livre un album très différent de Frog in Boiling Water. Là où son prédécesseur développait des atmosphères sombres et pesantes, ce cinquième disque privilégie l’énergie, la saturation et une forme d’expérimentation plus ludique.
L’influence d’A. G. Cook se ressent notamment dans le traitement des sons et des voix, mais le groupe conserve une identité reconnaissable, portée par ses guitares et son sens de la mélodie.
Tout n’est pas immédiatement convaincant. Certains effets sont très présents, quelques morceaux peuvent sembler répétitifs et cette nouvelle direction demande probablement plusieurs écoutes pour être pleinement appréciée. Mais l’ensemble fonctionne, avec plusieurs titres particulièrement réussis et une véritable volonté de proposer autre chose.
Surtout, cette évolution paraît assez logique dans la discographie de DIIV. Depuis ses débuts, le groupe n’a jamais véritablement cessé de modifier son approche musicale. ZIRP! constitue une nouvelle étape de cette progression, plutôt qu’une rupture artificielle.
Après cette première écoute, notre impression est donc largement positive. L’album surprend, se montre parfois déroutant, mais donne surtout envie d’y revenir pour en découvrir davantage.
Reste maintenant à voir comment ces nouveaux morceaux prendront forme sur scène. Avec leur énergie et leurs importantes couches de saturation, ils pourraient apporter une dimension particulièrement intéressante aux concerts du groupe.


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