RUPTURE, le groupe lillois qui bouscule les codes du post-punk

rupture par Eva Decroix

Originaire de Lille, RUPTURE sort First Rupture, un premier EP entre post-punk, coldwave et influences électroniques. Lauréat du Tour de Chauffe #20, le quatuor développe une musique pleine de contrastes, portée par une approche collective de la composition et un goût prononcé pour le live. Rencontre avec Tom et Arthur, les deux membres fondateurs.

RUPTURE fait partie de cette nouvelle génération de groupes qui puisent dans le post-punk sans chercher à en reproduire les recettes. Guitares nerveuses, synthétiseurs, rythmiques dansantes et passages expérimentaux composent l’univers du quatuor lillois, qui vient de publier son premier EP, First Rupture.

Le projet naît il y a trois ans, lorsque Tom et Arthur, amis depuis le collège, commencent à se retrouver chaque mercredi pour composer dans un home studio. Pendant plus d’un an, les deux musiciens expérimentent sans véritable objectif de publication, jusqu’à ce que plusieurs morceaux leur donnent envie de monter un groupe. Théo les rejoint à la basse, puis Pierre aux synthétiseurs, avant d’être remplacé par Éloi, également guitariste.

« Initialement, RUPTURE, c’est vraiment un projet d’expression créatrice qui s’est peu à peu transformé en groupe. C’est né d’un besoin de faire de la musique. »

Entre Structures, Ditz et musiques électroniques

Au départ, les influences de RUPTURE se situent principalement du côté de la coldwave et du post-punk des années 80 et 90. Le groupe français Structures joue notamment un rôle important dans leurs premières compositions.

« C’était brut, il y avait de l’énergie, mais ça donnait aussi envie de danser. Pas forcément de pogoter, mais vraiment de bouger. »

Depuis, les références se sont diversifiées. Tom et Arthur citent notamment Sonic Youth et The Velvet Underground, mais aussi Ditz ou The Psychotic Monks, dont les concerts les ont particulièrement marqués. À ces influences rock s’ajoutent des écoutes plus électroniques, notamment la techno et la drum and bass.

Cette diversité se retrouve dans leur manière de composer. Chez RUPTURE, les morceaux naissent souvent d’une idée apportée en répétition, un riff de guitare, une ligne de basse ou un rythme de batterie, que les quatre musiciens développent ensuite ensemble.

Photo par Eva Decroix

Le groupe accorde une importance particulière aux changements de rythme et d’ambiance. Les compositions peuvent ainsi passer d’une séquence répétitive et dansante à un passage beaucoup plus expérimental.

« On tenait à ce que dans nos morceaux, il y ait toujours des moments de cassure. On cherche à créer la surprise. C’est un peu notre manière de raconter des histoires. »

Une approche qui explique aussi le nom du groupe, même si les musiciens reconnaissent que chacun en possède sa propre interprétation.

photo par Eva Decroix

First Rupture, un premier EP déjà tourné vers le passé

Sorti ce 4 novembre, First Rupture rassemble les premières compositions du groupe. Des morceaux écrits pour la plupart il y a plusieurs années, à une époque où RUPTURE n’avait pas encore trouvé sa formation actuelle.

Le choix de sortir directement un EP plutôt que plusieurs singles répond à cette volonté de réunir les débuts du projet dans un même disque.

« On avait presque besoin de se débarrasser de ça, de se dire que c’était la première période de RUPTURE, ce qui a fait que le groupe est né. Maintenant, on est déjà bien plus avancés. »

Le quatuor a en effet beaucoup évolué depuis l’écriture de ces titres. L’arrivée d’Éloi et d’une seconde guitare a notamment contribué à faire évoluer sa musique vers un post-punk plus direct et plus incisif, moins marqué par les sonorités coldwave des débuts.

Entièrement autoproduit, First Rupture a été enregistré par les musiciens eux-mêmes, avec un mixage assuré par Tom. Une démarche facilitée par les compétences techniques de Tom et Arthur, tous deux professionnels du son.

Mais le groupe ne fait pas de cette indépendance une obligation. Les prochaines sorties devraient aussi être l’occasion de travailler avec d’autres personnes, tout en conservant une certaine liberté dans la recherche sonore.

Une scène lilloise dynamique, mais des salles qui manquent

RUPTURE s’est développé au sein d’une scène lilloise que ses membres décrivent comme particulièrement vivante. Le groupe entretient notamment des liens avec Psalmanazar, qui l’a encouragé à candidater au Tour de Chauffe alors qu’il n’avait donné que deux concerts dans sa formation actuelle.

Cette sélection a marqué une étape importante. Entre résidences, accompagnement artistique et rencontres professionnelles, le dispositif a permis aux quatre musiciens de développer leur projet, particulièrement sur scène.

« On a énormément grandi en un an grâce à ça. Le projet s’est vraiment métamorphosé sur le fond et sur la forme. »

Les musiciens soulignent néanmoins les difficultés rencontrées par les groupes émergents à Lille, notamment la fermeture de plusieurs lieux de diffusion.

« Il y a de moins en moins de lieux qui nous permettent de nous produire. Ça devient très compliqué, ils ferment petit à petit les uns après les autres. »

Pour RUPTURE, la question est aussi technique. Entre les guitares, les synthétiseurs et les machines, le groupe dispose d’un équipement conséquent, difficile à installer dans certains bars et petites salles. Il souhaite désormais privilégier des lieux permettant de présenter ses concerts sans contraintes trop importantes.

La suite se jouera surtout en live

Le 21 novembre, RUPTURE clôturera son parcours au Tour de Chauffe avec un concert au Nautilys, aux côtés de Chest. Une date particulièrement attendue par les musiciens, qui espèrent y présenter leur projet dans les meilleures conditions possibles.

« On a envie que ce soit le premier concert où ce qu’est RUPTURE pourra s’exprimer pleinement, sans aucune restriction. »

Pour 2027, le groupe prévoit déjà deux nouveaux singles, envisagés pour janvier, et souhaite multiplier les concerts en dehors de Lille, notamment à Bruxelles et à Paris.

Après plusieurs mois consacrés à la production de First Rupture, les quatre musiciens veulent désormais retrouver du temps pour composer, sortir de nouveaux morceaux et surtout multiplier les concerts. Le groupe semble d’ailleurs avoir déjà pris une longueur d’avance sur ce premier EP, qui retrace ses débuts autant qu’il annonce la suite.

De notre côté, on a beaucoup aimé cette première sortie, notamment ce goût pour les cassures, les changements de rythme et les passages plus inattendus. Un premier EP prometteur, qui donne surtout envie de voir comment RUPTURE défend ses morceaux sur scène. Amis lillois et nordistes, RUPTURE est un nom à retenir, et surtout un groupe à aller voir sur scène.