On aime particulièrement la Sala Upload. Située dans le Poble Espanyol, à Barcelone, cette petite salle accueille régulièrement des groupes qui méritent le détour. On y a notamment vu Acid Dad ou encore Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs Pigs, deux concerts dont on garde un excellent souvenir. Jeudi 29 octobre, on y retournait pour assister au concert de MAQUINA., trio portugais dont la réputation sur scène ne cesse de grandir.
Au programme également, l’Américain Kelley Stoltz, dont le rock psychédélique et mélodique semblait, sur le papier, assez éloigné de l’univers industriel et frénétique de MAQUINA. Une association surprenante, mais qui nous aura réservé deux très bonnes prestations.
Kelley Stoltz, une excellente découverte
C’est Kelley Stoltz qui ouvre la soirée. Originaire du Michigan et installé à San Francisco depuis la fin des années 1990, le musicien américain possède une discographie particulièrement fournie. Multi-instrumentiste, auteur-compositeur et producteur, il a notamment publié des albums chez Sub Pop et Third Man Records, tout en collaborant avec des artistes comme Echo & The Bunnymen et Robyn Hitchcock.
Son univers musical navigue entre garage rock, pop psychédélique, power pop et new wave. En 2026, il a notamment publié If You Don’t Know Me, Buy Now, avant la sortie de Writing the Thread, paru ce 30 octobre.
On ne connaissait pas sa musique avant ce concert, et la découverte a été excellente. Kelley Stoltz propose un rock mélodique, entraînant et souvent dansant, avec des compositions qui accordent une place importante aux guitares et aux arrangements.
Sa manière de chanter nous a régulièrement rappelé David Bowie, notamment dans certaines intonations et dans sa façon de jouer avec sa voix. On retrouve également quelque chose de Leonard Cohen dans les passages plus graves et posés. Deux références assez différentes, mais qui illustrent bien la diversité de son répertoire.
L’Américain se distingue aussi par sa proximité avec le public. Entre les morceaux, il prend le temps de discuter avec la salle, de plaisanter et de raconter l’histoire de certaines chansons avant de les interpréter. Ces interventions donnent un caractère convivial au concert, sans casser son rythme.
Une prestation très convaincante, même si l’on s’interroge encore sur le choix de cette programmation. Kelley Stoltz et MAQUINA. partagent certes un intérêt pour le rock psychédélique, mais leurs approches musicales sont radicalement différentes. D’un côté, des compositions mélodiques et relativement accessibles ; de l’autre, une musique répétitive, saturée et beaucoup plus expérimentale.
Un contraste assez étonnant, mais qui nous aura permis de découvrir un artiste que l’on ne connaissait pas et dont on compte bien approfondir la discographie.
MAQUINA., entre krautrock, noise rock et musique industrielle
Changement radical d’ambiance avec l’arrivée de MAQUINA.
Formé à Lisbonne, le trio portugais s’est progressivement imposé sur la scène alternative européenne grâce à une formule qui mêle krautrock, noise rock, post-punk et musique industrielle. Le groupe compte déjà plus de 250 concerts à son actif, avec notamment un passage aux Trans Musicales de Rennes en 2025 et une captation par KEXP radio.
Après DIRTY TRACKS FOR CLUBBING (2023) et PRATA (2024), MAQUINA. a publié en juillet 2026 BODY TRANSMISSION, un nouvel album chez Fuzz Club. Un disque qui marque une évolution dans leur manière de composer : là où leurs précédents travaux reposaient largement sur l’improvisation et de longues séquences répétitives, le trio privilégie désormais des morceaux plus courts, plus directs et davantage structurés.
Une évolution qui n’a rien enlevé à leur intensité. Bien au contraire.
Sur scène, MAQUINA. impressionne immédiatement par la puissance de sa section rythmique. La basse de José « Mendy » Rego occupe une place centrale, avec des lignes répétitives, lourdes et particulièrement groovy. Elle constitue la base des morceaux, sur laquelle viennent se greffer les expérimentations de João Cavalheiro à la guitare.
Cette dernière semble constamment au bord de la rupture. Saturée, abrasive et parfois volontairement chaotique, elle multiplie les riffs frénétiques et les effets. On pense par moments à IDLES pour cette manière d’attaquer la guitare, mais aussi à King Gizzard & The Lizard Wizard, notamment à « Gaia », pour la lourdeur de certains passages et leur intensité presque métallique.
Derrière la batterie, Halison Peres livre une prestation tout aussi impressionnante. Son jeu, extrêmement physique, repose sur des rythmes rapides, répétitifs et d’une grande précision. Il assure également le chant, alternant entre interventions scandées et cris particulièrement agressifs qui viennent renforcer la dimension industrielle du groupe. On salue aussi cette belle moustache. Frank Zappa n’a qu’a bien se tenir.
Mais ce qui distingue véritablement MAQUINA., c’est sa capacité à produire une musique qui emprunte autant au rock qu’à l’électronique.
Sur scène, le trio se présente avec une instrumentation classique : guitare, basse et batterie. Pourtant, le résultat pourrait facilement laisser penser à la présence de machines ou de séquenceurs. Les rythmiques mécaniques, les répétitions et le travail sur les effets donnent régulièrement l’impression d’assister à un concert de techno industrielle ou d’EBM.
Cette proximité avec les musiques électroniques n’a rien d’accidentel. Sur BODY TRANSMISSION, le groupe s’est notamment inspiré de formations comme Schwefelgelb, référence de l’EBM contemporaine, ou Section 25, groupe britannique à la frontière du post-punk et de l’électronique.
Le résultat est particulièrement convaincant en concert. MAQUINA. parvient à reproduire l’intensité et le caractère hypnotique de la musique électronique tout en conservant l’énergie brute d’un groupe de rock. Les morceaux s’articulent autour de motifs répétitifs qui évoluent progressivement, avec des variations de rythme, des changements de texture et des montées en puissance.
La basse et la batterie maintiennent une cadence presque ininterrompue, tandis que la guitare apporte une dimension plus imprévisible. L’ensemble est bruyant, particulièrement dansant et d’une intensité remarquable.
Cette formule fonctionne d’autant mieux dans une salle comme la Sala Upload, où la proximité avec les musiciens permet de mesurer pleinement l’engagement physique du trio.
On connaissait déjà la musique de MAQUINA., mais on ne s’attendait pas à ce qu’elle prenne une telle ampleur sur scène. Les morceaux gagnent en puissance, les sonorités industrielles ressortent davantage et l’interaction entre les trois musiciens donne une dimension supplémentaire à leurs compositions.
Le groupe confirme surtout qu’il possède une véritable identité musicale. À la croisée du krautrock, du noise rock et de la techno industrielle, MAQUINA. propose une formule particulièrement efficace, aussi adaptée aux salles de concert qu’aux pistes de danse.
Une prestation impressionnante, qui dépasse largement ce que l’on pouvait attendre de leurs enregistrements. MAQUINA. est définitivement un groupe à découvrir sur scène.


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