Mézilhac Attacks! fait vibrer l’Ardèche

Mézilhac Attacks! fait vibrer l’Ardèche

Perdu dans les montagnes ardéchoises, loin des grands circuits culturels, Mézilhac Attacks ! s’est construit une identité à part. Un festival où se croisent noise rock, dub, post-punk, conférences sur les OVNIs, fête foraine artisanale et esprit DIY.

Derrière ce projet un peu hors du temps, on retrouve une bande de passionnés réunis autour d’une même envie : faire vivre une culture alternative en milieu rural. Nous avons discuté avec Gaël Croizier, cofondateur du festival et membre de l’association Le Moulin’Art.

Une bande de copains, du bruit et une envie de créer

À l’origine de Mézilhac Attacks !, il y a surtout une histoire de copains musiciens installés en Ardèche après plusieurs années passées en ville.

« On avait tous une culture alternative, underground. L’idée, c’était de créer un lieu qui rassemble les gens », explique Gaël.

Le collectif lance alors Le Moulin’Art, un ancien moulinage transformé en lieu culturel avec studio de répétition et petite salle de concert. Rapidement, le projet dépasse le simple cadre musical.

L’objectif est clair : faire émerger une scène locale, monter des groupes, accueillir des artistes venus d’ailleurs et proposer autre chose dans un territoire rural souvent éloigné des grands événements culturels.

Au départ, le collectif organisait surtout des concerts dans la salle du Moulin’Art. Mais pour Mézilhac Attacks !, l’idée a rapidement été de sortir de ce cadre plus intimiste. « Notre salle est petite, donc on a toujours voulu s’externaliser », explique Gaël, avec l’envie de créer un festival capable d’accueillir plus de monde et de proposer une expérience plus large que celle des concerts habituels.

Le choix de Mézilhac et du triangle de la Burle s’est presque fait par hasard. Alors que le collectif cherchait un lieu pour organiser le festival hors de la salle du Moulin’Art, Gaël échange avec un homme venu lui livrer du bois de chauffage.

« Je lui ai dit qu’on cherchait un endroit pour faire un festival. Il m’a répondu : “Ça tombe bien, je suis le maire de Mézilhac.” »

Entre les histoires de crashs d’avion, les récits d’OVNIs et l’atmosphère étrange du plateau ardéchois, le lieu finit ensuite par nourrir naturellement l’univers du festival.

Une immersion entre noise, OVNIs et vivre ensemble

À Mézilhac Attacks !, la musique reste centrale, mais le festival va plus loin qu’une simple succession de concerts.

« L’idée dans nos soirées, c’est de proposer une immersion », résume Gaël.

Chaque journée accueille une conférence autour du triangle de la Burle. Le vendredi est consacré aux crashs d’avion recensés dans la zone, tandis que le samedi s’intéresse davantage aux phénomènes OVNI et au paranormal.

« Ce sont des conférences très sérieuses, avec une vraie démarche scientifique », insiste-t-il.

La programmation mélange groupes locaux et formations venues de plus loin. Cette année, Gaël attend particulièrement It It Anita, figure incontournable de la scène noise belge, mais aussi Fer/vent, groupe mêlant violon, rock abrasif et énergie post-grunge.

Parmi les artistes locaux présents cette année, Confetti se produira le samedi. Passé par le studio de répétition du Moulin’Art, le groupe s’est dit particulièrement ému et enthousiaste à l’idée de partager l’affiche avec It It Anita, référence de la scène noise francophone.

Le festival revendique ainsi une attention particulière portée à la scène locale et essaie de tendre vers davantage de parité dans sa programmation, un sujet important pour le collectif. Même si la place des femmes reste encore trop limitée dans certaines scènes musicales alternatives, l’équipe souhaite mettre en avant davantage de projets féminins ou mixtes.

« On essaie de promouvoir la scène féminine et de garder une vraie dimension locale dans la prog. »

concert mézilhac attack

Dans les concerts comme dans le public, le mélange des générations et des styles reste l’une des plus grandes fiertés du collectif.

Gaël raconte notamment que les membres de Les Ramoneurs de Menhirs avaient été marqués par l’ambiance du festival et la diversité du public présent devant la scène.

« Ils nous disaient qu’ils voyaient des personnes âgées, des punks, des familles… tout le monde ensemble, et que ça fonctionnait super bien. »

« Rester indépendants »

Mézilhac Attacks ! revendique une approche profondément indépendante. Ici, toutes les décisions se prennent en collectif, sans grosse structure derrière.

Le festival fonctionne presque entièrement en autofinancement et peut aussi compter sur des liens solides avec d’autres événements culturels de la région. Une entraide précieuse, notamment autour de la mutualisation du matériel avec des festivals voisins comme Oasis Bizz’Art, dans la Drôme.

Cette logique indépendante se retrouve aussi dans l’économie du festival.

Mézilhac Attacks! place

« Le prix du billet va essentiellement aux artistes et aux producteurs locaux parce qu’on n’a pas de salarié. C’est important pour nous de rester comme ça. »

Au fond, Mézilhac Attacks ! ressemble surtout à ce que le collectif défend depuis le début : un lieu de rencontre, de partage et d’ouverture.

« On veut que les festivaliers ressentent le côté humain, le respect et le vivre ensemble. »

Mot de la fin

Au moment de conclure l’entretien, Gaël résume l’esprit du festival avec humour :

« Bienvenue dans le triangle de la Burle. Chacun y verra un peu ce qu’il veut y voir ! »