Fat Dog, Cancel Me (I’m Tired) : le chaos n’a jamais été aussi beau

Fat Dog chauffer dans la noirceur par francois leclerc

Deux ans après WOOF., Fat Dog est déjà de retour. Et si le groupe londonien affirme être fatigué dans le titre de son deuxième album, difficile d’en dire autant de sa musique. Cancel Me (I’m Tired) est un disque puissant, ambitieux et parfois étonnamment beau, qui conserve toute l’énergie de Fat Dog tout en élargissant considérablement son univers.

Depuis ses débuts, le groupe s’est notamment construit sur scène, avec des concerts particulièrement intenses et un mélange de punk, techno, rave et musique électronique. On avait justement pu le constater en juillet dernier à Chauffer dans la Noirceur, où Fat Dog avait livré l’un des concerts les plus impressionnants du festival. Une performance chaotique et survoltée qui confirmait la réputation acquise par les Londoniens ces dernières années.

WOOF., sorti en 2024, avait réussi à retranscrire une partie de cette énergie. Avec Cancel Me (I’m Tired), le groupe conserve cette base mais cherche clairement à aller plus loin.

Et c’est probablement ce qui rend ce deuxième album aussi réussi.

Toujours aussi fou, mais plus ambitieux

Dès Smile And Wave, Fat Dog remet la machine en route. Rythme effréné, synthétiseurs omniprésents, tension permanente et cette voix de Joe Love, toujours quelque part entre le chant et le cri.

C’est l’une des grandes forces du disque. Love possède une manière presque hystérique d’interpréter les morceaux, donnant régulièrement l’impression d’être au bord de la rupture. Une voix déjà centrale sur WOOF., mais qui s’intègre ici dans des arrangements nettement plus ambitieux.

Car derrière l’impression de chaos, Cancel Me (I’m Tired) est particulièrement travaillé.

Fat Dog joue toujours avec l’électro-punk, la techno et la rave, mais ajoute désormais des cordes, des passages acoustiques, de la synth-pop, des sonorités western et plusieurs arrangements empruntant à la musique classique. Smile And Wave s’amuse notamment avec des mélodies issues du classique, tandis que The Devil se tourne davantage vers les bandes originales de western.

Le mélange est dense, parfois volontairement excessif, mais rarement gratuit. Fat Dog semble surtout avoir décidé de ne plus se fixer beaucoup de limites.

Des morceaux toujours taillés pour la scène

Malgré cette évolution, Cancel Me (I’m Tired) reste avant tout un disque très physique.

Fat Dog maîtrise particulièrement bien les accumulations, les ruptures et les longues montées en tension. Plusieurs morceaux fonctionnent autour de ce principe : les éléments s’ajoutent progressivement, le rythme accélère et la tension monte jusqu’au drop.

Shit Love en est probablement l’un des meilleurs exemples. Synthés frénétiques, chant complètement possédé et rythme qui s’emballe : tout semble pensé pour prendre une autre dimension en concert.

Même constat sur Bad Dog ou Smile And Wave. Les arrangements laissent déjà imaginer les pogos qui accompagneront ces morceaux sur scène.

Et pour avoir vu Fat Dog à Chauffer dans la Noirceur cet été, difficile de ne pas penser directement au live en écoutant cet album. Le groupe avait livré une performance assez incroyable, avec une énergie permanente et un public constamment sollicité. Ces nouveaux morceaux semblent parfaitement conçus pour prolonger cette expérience.

Ce n’est évidemment pas surprenant. Fat Dog a bâti une grande partie de sa réputation sur ses concerts et Joe Love reconnaissait lui-même que le premier album avait notamment été pensé avec une idée très simple : faire bouger les gens.

Mais Cancel Me (I’m Tired) montre aussi que le groupe ne veut plus uniquement miser sur cette formule.

Fat Dog sait aussi ralentir

C’est probablement la principale évolution de ce deuxième album.

Au milieu des morceaux les plus intenses arrive Heart Of Darkness. Le rythme ralentit et Joe Love adopte un registre plus mélodique et plus fragile. Quelques titres plus tard, Snakes pousse encore davantage cette idée avec des guitares acoustiques et des sifflements dans une ambiance presque western.

Ces passages permettent surtout à l’album de respirer et renforcent, par contraste, l’efficacité des morceaux les plus agressifs.

Joe Love expliquait récemment qu’après WOOF., il ne voulait plus uniquement écrire de la musique destinée à provoquer un énorme mosh pit. Il souhaitait également développer quelque chose de plus émotionnel. Cette volonté se retrouve clairement ici.

C’est ce contraste qui fait une grande partie de la réussite de Cancel Me (I’m Tired). Fat Dog peut enchaîner des synthés agressifs et un chant hystérique avant de faire intervenir des cordes, des guitares acoustiques ou des sonorités beaucoup plus cinématographiques.

Le résultat reste immédiatement identifiable, mais beaucoup moins prévisible.

Plus qu’un simple WOOF. 2

Le final, Aliens, résume assez bien cette évolution. Fat Dog s’éloigne progressivement de l’énergie permanente qui caractérisait une grande partie de son premier album pour proposer quelque chose de plus ample et mélodique.

C’est surtout ce qui permet à Cancel Me (I’m Tired) de ne jamais ressembler à un simple WOOF. 2.

Le groupe conserve tout ce qui faisait la réussite de son premier disque : les synthés agressifs, les rythmes martiaux, les montées en tension, les drops et surtout la voix complètement habitée de Joe Love.

Mais la formule est désormais beaucoup plus large.

Il y a davantage de mélodies, de cordes, de passages acoustiques et de variations de rythme. Fat Dog reste capable de produire des morceaux extrêmement puissants, mais sait désormais aussi ralentir et construire quelque chose de plus beau et plus émotionnel.

Après les avoir vus retourner Chauffer dans la Noirceur cet été, on savait déjà que Fat Dog était l’un des groupes les plus intéressants à voir actuellement sur scène. Avec Cancel Me (I’m Tired), les Londoniens montrent surtout qu’ils sont désormais capables de proposer un disque à la hauteur de cette réputation.

Et vu la manière dont certains de ces nouveaux morceaux sont construits, on a déjà très envie de les entendre en concert.