Agnes Obel, The Meaning of Flowers : un retour réussi après six ans d’absence

Agnes Obel Live Concert @ Botanique Bruxelles-6089 Photo by Kmeron

Six ans après Myopia, Agnes Obel est de retour avec The Meaning of Flowers, son cinquième album. Un disque marqué par un changement important dans sa vie : la naissance de sa fille.

La maternité est au centre du projet, mais l’album ne s’arrête pas à ce sujet. Agnes Obel s’intéresse plus largement à la naissance, aux transformations du corps, au vivant et aux nouveaux départs. Des thèmes qu’elle développe avec une musique toujours très reconnaissable, mais plus ouverte et variée que sur ses précédents albums.

La maternité comme point de départ

Agnes Obel découvre qu’elle est enceinte pendant la pandémie. Elle travaille alors sur un autre projet, davantage tourné autour de la technologie, qu’elle décide finalement d’abandonner. Elle retourne au piano et commence progressivement à écrire ce qui deviendra The Meaning of Flowers.

Pour construire l’album, la musicienne danoise s’intéresse notamment au concept de « natalité » développé par Hannah Arendt : l’idée que chaque naissance représente également la possibilité d’un nouveau commencement. Elle cite aussi parmi ses influences le philosophe Emanuele Coccia et la poétesse mésopotamienne Enheduanna.

Ces réflexions se retrouvent directement dans les morceaux. Blood So Red évoque notamment l’expérience physique de l’accouchement, tandis que Laymelli s’intéresse davantage aux cycles du vivant et à la transformation.

La maternité n’est donc pas réellement le sujet unique du disque. Elle sert plutôt de point de départ à une réflexion plus large sur le rapport au corps et au monde vivant.

Un son qui évolue sans rupture

Musicalement, Agnes Obel ne bouleverse pas complètement sa formule. On retrouve son piano, les cordes, les arrangements minimalistes et cette voix souvent transformée jusqu’à devenir un instrument à part entière.

Mais The Meaning of Flowers élargit clairement sa palette.

L’album a été écrit, enregistré, arrangé et produit par Obel dans son studio berlinois. Autour du piano apparaissent désormais violon, alto, violoncelle, basse, lap steel, harmonium, flûte, saxophone, synthétiseurs et percussions.

Cette diversité permet surtout d’éviter l’impression d’un simple prolongement de Myopia.

Tangerine introduit par exemple du saxophone et de la flûte, tandis que Never Been laisse davantage apparaître l’influence de la pop danoise des années 1980 et 1990 qu’Obel a beaucoup écoutée. L’électronique occupe également une place plus importante, notamment dans le traitement des voix.

Le résultat reste immédiatement identifiable, mais paraît moins fermé que son prédécesseur.

Un album qui prend son temps

Il faut toutefois plusieurs écoutes pour réellement entrer dans The Meaning of Flowers.

L’album compte peu de morceaux immédiatement évidents. Certaines compositions privilégient clairement l’atmosphère à la mélodie et peuvent même donner l’impression de s’arrêter avant d’avoir totalement développé leurs idées.

C’est probablement la principale limite du disque.

Quelques réserves subsistent néanmoins. Certains morceaux paraissent parfois trop courts ou fragmentaires, comme s’ils s’arrêtaient avant d’avoir pleinement développé leurs idées. Les paroles sont également souvent difficiles à distinguer, tandis que la place plus importante accordée à l’électronique peut dérouter lors des premières écoutes, surtout lorsqu’on est habitué au dépouillement de Philharmonics ou Aventine.

Mais cette évolution finit rapidement par trouver sa place. Au fil des écoutes, ces nouvelles textures s’intègrent naturellement à l’univers d’Agnes Obel et deviennent même l’une des principales qualités du disque. Sans rompre avec ce qui faisait sa singularité, elle évite ainsi de simplement reproduire la formule de ses précédents albums.

Blood So Red est l’un des morceaux les plus réussis. La composition reste relativement simple mais évolue progressivement grâce aux cordes et aux percussions. Laymelli pousse plus loin le travail sur la voix et les textures électroniques. Enfin, Faustian Deal termine l’album avec une présence plus importante des percussions, assurées notamment par le batteur suisse Julian Sartorius.

Tangerine convainc un peu moins. Le saxophone apporte une couleur inhabituelle et intéressante à l’univers d’Obel, mais l’instrumental paraît plus anecdotique au milieu de compositions plus fortes.

Moins de contrôle, davantage de liberté

Cette évolution musicale accompagne aussi un changement dans la manière dont Agnes Obel aborde son travail.

La musicienne a longtemps expliqué préférer le studio à la scène, notamment parce qu’il lui permettait de contrôler précisément chaque élément de sa musique. Dans un entretien accordé au Parisien à l’occasion de la sortie de l’album, elle explique aujourd’hui être moins exigeante envers elle-même et avoir appris à apprécier davantage les imperfections.

Cette évolution s’entend sur The Meaning of Flowers.

L’album reste extrêmement produit, parfois même minutieux à l’excès, mais il semble moins rigide que Myopia. Les instruments sont plus nombreux, les influences plus larges et certains arrangements laissent davantage de place aux musiciens qui accompagnent Obel.

Cela n’en fait pas pour autant un virage radical. Ceux qui n’ont jamais accroché à son univers ne changeront probablement pas d’avis ici. Mais pour les autres, le disque réussit à faire évoluer une formule qui commençait à être bien installée.

Un retour convaincant

Après six années sans album, Agnes Obel aurait facilement pu revenir avec un disque reprenant les éléments qui ont fait son succès. The Meaning of Flowers choisit une voie légèrement différente.

Sans abandonner le piano, les cordes et les ambiances qui caractérisent sa musique depuis Philharmonics, elle introduit davantage d’électronique, de percussions et d’instruments inhabituels dans son univers.

Tout n’est pas aussi convaincant et certains morceaux auraient gagné à être davantage développés. Mais l’ensemble reste cohérent et surtout suffisamment différent de Myopia pour justifier cette longue attente.

Avec The Meaning of Flowers, Agnes Obel ne réinvente pas sa musique. Elle l’élargit. Et après cinq albums, c’est probablement ce dont elle avait besoin.

À écouter en priorité : Blood So Red, Laymelli, Faustian Deal.