Ce vendredi 25 septembre, Anthony Herbin dévoile What You Already Hold, un album de folk enregistré en grande partie sur bande et pensé autour d’une idée simple : faire beaucoup avec peu. Après plusieurs projets entre dream pop, shoegaze et rock psychédélique, le musicien français revient avec un disque plus dépouillé, quelque part entre Neil Young, Nick Drake, Elliott Smith et une nouvelle génération incarnée par Jessica Pratt ou Michael Nau.
Nous avons échangé avec lui à la veille de la sortie de l’album.
Du shoegaze à la folk
Anthony Herbin n’en est pas à son premier projet. Musicien autodidacte, il a longtemps évolué dans des formations aux arrangements beaucoup plus denses. Avec Boreal Wood, duo dream pop, il collabore notamment avec Étienne Daho autour d’une reprise de Bleu comme toi, mais également avec Robin Guthrie, guitariste des Cocteau Twins. Plus tard, avec LuneApache, il explore un rock psychédélique francophone.
Son arrivée vers la folk s’est pourtant faite presque par hasard. Devenu père et disposant de moins de temps pour ses projets de groupe, il achète une guitare acoustique pour pouvoir continuer à jouer plus simplement. Il reprend alors des morceaux de Bob Dylan ou Neil Young et redécouvre une musique qu’il écoutait déjà plus jeune.
« Je me suis retrouvé à aimer la simplicité, à moins me cacher derrière des effets », explique-t-il.
Une évolution qui modifie également sa manière de composer. Là où ses anciens projets pouvaient s’appuyer sur des arrangements importants et une recherche permanente de textures, la folk l’oblige à revenir à la chanson elle-même.
L’été dernier, une dizaine de morceaux prennent forme. Ce qui devait rester un exercice personnel devient progressivement What You Already Hold.
Enregistrer autrement
Pour trouver le son de l’album, Anthony Herbin tâtonne. Il explique avoir enregistré le disque à plusieurs reprises avant de trouver la bonne méthode.
Son objectif est clair : éviter une folk trop lisse et retrouver le grain des disques qui l’ont marqué. Nick Drake, Elliott Smith, José González, Neil Young, Joni Mitchell, Leonard Cohen ou encore le George Harrison de l’après-Beatles font partie des références citées. Plus récemment, Jessica Pratt, Michael Nau et Damien Jurado ont également nourri sa façon d’envisager le genre.
La solution arrive finalement avec un magnétophone cassette quatre pistes.
Loin de son studio, Anthony commence à enregistrer des bouts de guitare et de voix dans différents endroits, notamment à la montagne ou dans son van. La contrainte technique devient alors une partie du processus créatif. Impossible d’accumuler indéfiniment les pistes ou de corriger chaque détail après coup.
Cette démarche se retrouve ensuite dans la fabrication du disque. Les guitares principales et les voix sont enregistrées en direct sur un Studer 24 pistes au Coxinhell Studio avec Sébastien Gros. Les instruments supplémentaires, chœurs, percussions et paysages sonores passent notamment par le quatre pistes et une console Studer 962.
« La prise est là, elle n’est pas forcément parfaite, mais l’instant est là. »
Un choix qu’Anthony voit aussi comme un contrepoint aux possibilités presque infinies offertes aujourd’hui par le numérique : découper une prise, la déplacer, corriger une voix, ajuster sa justesse ou multiplier les pistes. Il ne rejette pas ces méthodes, qu’il a lui-même longtemps utilisées, mais cherche ici à retrouver une autre façon d’enregistrer.
Laisser respirer les chansons
Cette contrainte se ressent directement dans les arrangements. What You Already Hold ne cherche jamais à remplir chaque espace. Guitares électriques, douze-cordes, quelques vieux claviers et percussions viennent compléter la guitare et la voix, mais restent volontairement en retrait.
Anthony raconte même avoir passé une partie du travail de production à déconstruire ce qu’il avait initialement construit.
Le résultat fonctionne particulièrement bien parce que le disque ne donne jamais l’impression de vouloir démontrer quoi que ce soit. Il y a évidemment du Neil Young dans cette simplicité et dans le rapport à la prise live. À l’écoute, nous avons également pensé à Dope Lemon, notamment dans certaines intonations et cette manière très relâchée de poser la voix. Une comparaison à laquelle Anthony n’avait pas immédiatement pensé, mais qu’il reconnaît volontiers en revenant notamment sur les premiers disques du projet d’Angus Stone.
L’album conserve malgré tout suffisamment de détails pour ne pas tomber dans une formule strictement guitare-voix. Anthony utilise notamment des field recordings, des chants d’oiseaux, du souffle ou encore des bandes volontairement ralenties pour construire discrètement l’arrière-plan des morceaux.
Des chansons plus personnelles
Cette simplicité se retrouve aussi dans l’écriture.
Anthony commence généralement par une mélodie, un riff ou quelques accords. Il cherche ensuite une ligne vocale avant de laisser les paroles venir. Certains textes sont écrits en quelques heures, d’autres mettent plusieurs mois à trouver leur sujet.
Il écrit d’abord une note d’intention en français avant de construire son texte en anglais. Le choix de l’anglais n’est pas seulement musical. Après avoir déjà écrit en français avec LuneApache, il explique se sentir davantage exposé dans sa langue maternelle : « C’est difficile d’exprimer des choses simples en français. »
Les textes de What You Already Hold sont ainsi directement liés à ce qu’il traverse aujourd’hui. La paternité, le rapport à ses propres parents, le cycle de la vie, le lâcher-prise, mais aussi la dépression ou le burn-out apparaissent au fil du disque. Ailleurs, le ton se fait plus léger : Not My Cat raconte par exemple l’histoire d’un chat qui s’est installé chez lui pendant le Covid avant de repartir comme il était venu.
Le titre de l’album résume finalement assez bien cette nouvelle approche : regarder ce que l’on possède déjà plutôt que chercher constamment davantage.
Cette idée vaut pour le matériel utilisé pour enregistrer, mais dépasse rapidement la musique. Elle touche également à notre rapport à la consommation et à cette tendance à accumuler des choses sans toujours prendre le temps de les apprécier.
Un projet indépendant jusqu’au bout
La démarche se prolonge enfin dans la manière dont Anthony souhaite faire vivre le disque.
What You Already Hold sort sans label et a été autofinancé. Pour les concerts, pas de tournée traditionnelle pour le moment non plus. Anthony privilégie les appartements, les disquaires, les ateliers et les petites salles, des lieux où sa formule légère peut facilement trouver sa place.
Une manière de contourner également une réalité parfois compliquée pour les artistes indépendants : des programmations préparées très longtemps à l’avance et une place souvent importante accordée aux chiffres et à la visibilité sur les réseaux.

« Même si ma musique ne touche que quelques personnes, si elle les touche vraiment, ça me suffit. »
Anthony travaille déjà sur la suite, avec l’idée d’un EP au printemps prochain. Le format cassette pourrait cette fois prendre davantage de place : moins cher que le vinyle, facilement duplicable et cohérent avec cette volonté de garder la fabrication du projet aussi indépendante que possible. Il souhaite continuer à jouer, enregistrer et sortir de la musique sans attendre nécessairement qu’un label ou un tourneur vienne structurer le projet.
Avec What You Already Hold, Anthony Herbin ne cherche donc pas vraiment à réinventer la folk. Il revient plutôt à ce qui lui plaît dans le genre : des chansons simples, une prise qui peut rester imparfaite et un son qui ne cherche pas à masquer la personne qui joue derrière.
Un retour à l’essentiel qui fonctionne particulièrement bien sur ce premier album solo.


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